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AUJOURDHUI dans le salon


Aujourd'hui j'ai un blog.
(il y a aussi aujourd'hui un énorme canapé bleu dans le salon).
Sur le blog il y a des feuilles de voyage.
(Sur le canapé bleu, des corps ou des absences de corps).
Rien qui clignote rien qui brille. Pas de fleurs.
Rien de très sérieux.

A votre disposition aujourd'hui:
des mots. Souvent de moi, parfois des autres, dans tous les ordres...
un énorme canapé bleu.


Métie N.
Jeudi 23 septembre 2010 4 23 /09 /Sep /2010 17:12
Il fait son doctorat sur le Temps. Le temps de Kant. Je dis deux mots de Heidegger. - sans effleurer le plus important: la superposition qui rompt la succession; traverser des mois et des années en marchant deux cents mètres- . Nous avons déjà vécu cette scène, n'est-ce pas? Il était alors blond de sourcils épais, assis à la même place à la terrasse des Portugais, il y a sans doute de cela un an exactement, le temps s'amuse à se parodier, et j'étais là moi aussi (ou quelqu'une qui me ressemble), à la même place, à dire deux mots de Heidegger sous un soleil un peu moins tropical) - Je lui dis : j'ai habité avec un Italien déjà, l'an passé. Il était de Rome. Lui est de Milan, la peau du front luisante de se faire suer la cervelle dans l'air malsain des bibliothèques nationales, la petite élégance intello italienne légèrement comique aux entournures, une manière chinoise de se déplacer pour me tenir une porte ou me laisser passer (communément appelée galanterie), une touche de sprezzatura pour relever le tout : portrait. Il n'est pas si beau mais le devient, au moment où il m'agace je sais déjà qu'il me plaît, la partie est perdue d'avance d'ailleurs je ne me bats même pas, heureuse de me voir une fois de plus attrapée aux séductions italiennes. Expresso. Il va dire que c'est le meilleur café qu'il a bu à Paris, et je répondrai : de la part d'un Italien quel compliment appréciable, je transmettrai à Paulo ça lui arrondira peut-être l'humeur qu'il a maussade en ce moment... mais il me manque tout de même quelque chose, d'où viendra l'estocade, je veux dire la pointe de magie... Il n'a pas le regard ardent sous les sourcils joints... Il est kantien... Trop raisonnable pour en appeler à Jodorowsky, il me parle donc de son père qui est quelqu'un de très bien j'en suis sûre... Très simple... Il est un cuisinier... Mais pas n'importe lequel... La moindre chose qu'il prépare a de la perspective, c'est incroyable, au café même il donne de la perspective... En fait il n'est pas un cuisinier, il est un magicien... Très inquiet puis tout à fait content et il me serre la main avec enthousiasme, poignée franche et solide à mille lieux avec un X des caresses de mains africaines, nous nous séparons à un arrêt de bus. Une après-midi de dispersion dans les allées de Paris et je le retrouve devant les grilles du Jardin des Plantes. Est-ce vous? J'étais allée m'étendre un moment de lumière dorée en attendant... (en attendant quoi?)(en attendant...), doucement bercée par les sirènes de police klaxons de rush hour et gros smacks sonores d'un couple aux chairs largement répandues sur une couche d'herbe verte ratatinée, jusqu'à l'appel d'un noir gardien bien obligé de faire son boulot... (Cet écho assourdissant des mêmes répliques assorties aux mêmes gestes dans la grande comédie universelle n'ébranle-t-il que ma raison ou les autres tristes marionnettes ont-elles même oublié qu'elles jouaient?) (25 pour cent de folie d'après le diagnostic d'un habitant du Royaume). Il est à l'extérieur et voudrait rentrer dans le jardin : - Le parc ferme déjà? - Hélas... - Vraiment c'est dommage de le fermer à la plus belle heure, sinceramente - son accent a grossi pendant la journée ou peut-être est-ce parce que je ne m'adresse pas à la même personne- sincèrement on a envie de nature à cette heure... - Si on peut appeler ça nature... - Mais je ne comprends pas pourquoi ils ferment le soir... Ce sont des questions de sécurité...? - Assurément. Paris est une ville bien surveillée. Pour preuve : dans un quartier très mal famé du 14ème arrondissement les policiers viennent évacuer les délinquants qui jouent dangereusement au foot dans le jardin la nuit. Autour des HLM veille la milice du Groupement parisien inter-bailleurs de surveillance... (je ne lui raconte pas vraiment tout cela)- Peut-être peut-on aller là-bas vers Bastille...(où se trouve le soleil)? - Je vous conseille plutôt les bords de Seine, c'est bien joli à l'heure rose... Mais je ne vous accompagne pas, j'ai quelques esquives chinoises à répéter dans un couvent, je voudrais apprendre à me glisser comme vous devant les portes... -Ah... Je m'éloigne, après quelques pas je me retourne et il se retourne en même temps. Fin de la scène. - Le soir il y a l'annonce d'une expulsion vers le Maroc. La gueule du monde abattoir s'ouvre bien grand, voyons à combien nous tomberons, et si nous mourons demain (A chacun de nous qui meurt nous mourons tous un peu) que ce soit dans la lumière italienne, cette lumière du Quattrocento qui brille jusqu'au Mexique et infuse les tableaux du maître Tiepolo, où sans cesse les mêmes créatures rejouent les mêmes scènes, la vie à l'infini.-
Par Métie Navajo
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Dimanche 29 août 2010 7 29 /08 /Août /2010 21:29
« Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule,en leur donnant quelques sols. Et j'ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d'ordre. C'est la haine qu'on porte au Bédouin, à l'Hérétique, au Philosophe, au Solitaire, au Poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. » G.F.
Par Métie Navajo - Publié dans : les étrangers
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Dimanche 8 août 2010 7 08 /08 /Août /2010 13:11
L'amour aiguisé termine la nuit et déchire le jour gris. Longtemps que je n'avais pas été aussi triste, d'une tristesse mexicaine... -Comme si j'avais tranché dans le vif du réel et touché le profond, là où naissent les agonies invisibles.- Après tant de bonheurs- non M. de Haïti, pas des béatitudes, mais le comblement des béances intérieures : j'ai été si pleine de vous tous...) dont il faudra dire encore une fois comme d'un dîner trop copieux, levant les yeux vers les divins absents : "l'avons nous mérité?") - le coeur pèse comme une enclume, et les torrents intérieurs coulent à peine en quelques petites larmes fines et menues - serais-je sèche...? Il faudrait au moins savoir pleurer...- De certain les liquides se déversent de tous orifices abondants, eaux intarissables,comme je l'envie, c'est mon bon génie sorti d'une théière-cathédrale kurde que je frottais il y a du temps déjà; et qui depuis est resté aux alentours de moi à me taquiner le coeur et l'esprit, m'enrobant en rêve de ses regards de douceur... (un autre temps, un autre livre qu'il faut encore écrire). Au matin le génie se réveille, découvrant qu'il est temps qu'il rentre dans sa théière, il me désire et me pleure très fort, de toute sa beauté qu'il a bien grande. L'amour s'arrête à son comble, et descend l'escalier. (toutes les marches se sont à présent finies là où elles avaient commencé,de part et d'autre de la Marianne publique) Je traîne ma tristesse devant le Royaume. C'est la nuit sous les réverbères, les portes se sont closes. Il n'y a rien, une porte fermée derrière une fin ruban de plastique orange. Je n'avais jamais vu qu'une porte ouverte sur des grands corps et des folies sonores dont l'écho se répercutait au dehors. Les flics même sont partis. (Ce n'était qu'un lieu certes, mais c'était le lieu.) Quelque chose est resté : Esmeralda sur la passerelle, un pas devant un pas derrière le soleil, le Royaume sous mes pieds; vibrant, grondant, vivant (et le peuple de rebelles fantômes, dispersé...) Je traîne ma tristesse, à mes oreilles les sanglots longs des guerres qui ni ne se gagnent ni ne se perdent, et durent... (La veille encore nous nous trouvions dedans dehors, à sourire et rire sous la lumière des réverbères, inquiets et à vif la peur, gais et joyeux à s'aimer devant les camions de flics garés en face, en équilibre, comme souvent, accrochés par les mains au-dessus du gouffre), nous sommes à nous mêmes notre propre royaume, je l'ai écrit déjà, et peut-être même que j'y crois. Mais le coeur de Paris, où bat-il à présent... (ci-gît le coeur de Paris...) Le bon génie descend l'escalier et retourne à sa théière. Je ne la frotterai plus, à quoi bon. Je quitte la ville l'âme vagabonde, il reste le livre à écrire, bientôt le vent de mer dispersera les limites de mon propre souvenir, et tout pourra commencer de nouveau.
Par Métie Navajo
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Mardi 3 août 2010 2 03 /08 /Août /2010 23:27
Les portes du Royaume étaient encore ouvertes, je suis entrée. Entre les habitants se répercute l'écho : "mais où étais tu donc passée... disparu... partie en vacances... tu nous as manqué...tu devrais rester ici toujours"... Toujours... Et les mains s'attrapent avec les regards, les corps s'approchent, les mains se serrent si longtemps paumes moites collées doigts entremêlés non plus pour un salut, mais pour rester l'une dans l'autre. Une menotte de tendresse. Comme il est difficile ici de terminer même un geste. Je ne sais que dire. J'ai fui oui, loin de vous ce n'était que pluies fines et tempêtes rageuses sur les monts et les vaux,mes frères, un ciel dont le ventre noir traînait jusqu'à terre et qu'il fallait percer pour faire jaillir le soleil, alors la vallée inondée de lumière s'ébroue,verts gris jaunes mauves fondus dans le paysage limpide... Je me réveillais et me couchais carillonnée de cloches laitières, et je pensais à vous, mes frères, loin de vous je vous écrivais... Ah? C'est bien ça... Leur tête noire est ailleurs. Bientôt il faudra abandonner le Royaume.Bientôt frappera la matraque de "l'ordre", l'entrée sera murée - quand la forêt a déjà été rasée (l'histoire bulldozer)ils colmatent les failles et élèvent des murs de ciment (l'histoire prison): les uns dedans, les autres dehors.- Se tiennent assis au bord d'une table blanche les deux amis très blond et très noir, à m’attendre... Ils brillent. "Esmeralda" me dit l'un tandis que l'autre fâché de mon absence se lève et s'en va, "Esmeralda en jupon brun tu es aujourd'hui" (un autre nom, c'est curieux, celui que me donnait déjà le Victor Hugo Haïtien. A croire qu'à chaque période correspond un nom...),"montons sur la passerelle". Et il m'emmène très haut, les hauteurs du royaume : une passerelle tendue au-dessus des toits, d'où l'on aperçoit Notre-Dame enlaidie : le sommet du sacré-choeur... Je n'étais jamais montée ici et me voilà vaguement vertige un pas devant un pas derrière les rayons dorés du soleil, à déclamer devant sa caméra ce texte colère qui toujours me gonfle les poumons. - Etait-il inutile de citer le colonel de Montagnac, un des conquérants de l'Algérie : "Pour chasser les idées qui m'assiègent quelque fois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d'artichauts, mais des têtes d'hommes."- Un souffle de rage ouvre une brèche opéradique dans le ciel parisien, l'image se fixe. A une petite fenêtre quelqu'une dessine la scène que j'écris à présent, mais je ne la devine pas. Plus tard je regarderai l'esquisse de nous, blond et gitane, sans doute plus beaux qu'en réalité, légers dans l'air... Il y trop de lumière et trop d'ombre. Nous finissons dans une salle d'atelier qui sent fort le pipi; puis descendons par les escaliers sombres jusqu'à l'agora. Grondement de la foule, on se dispute encore, on rit encore aux éclats, on veut assassiner le provocateur ("mais s'ils veulent rester qu'ils restent! ils attendent que le gouvernement leur offre leur billet pour le Mali"), je regarde ceux qui ne partiront pas, et leur visage est une douleur à mon coeur... (visages bientôt en sang, corps croqués par la gueule de l'abattoir, la grande bête de mort affamée de vie). D'autres m'attrapent encore les mains, les yeux, le sourire. Tu vas quitter le Royaume n'est-ce pas? Non, pourquoi je sortirais sans quelque chose(un papier). Ils vont vous expulser. La police ne nous fera pas mal, dans ce pays il y a des lois... C'est bien le problème... Je suis venu d'Afrique, j'ai traversé le désert, tu crois que j'ai peur? Moi j'ai peur, les lois sont des fouets. Tu le sais non? Regards détournés, paroles bambara, sourires en coin. Temps de guerre et il minaude. Tu comprends ce qu'on dit? Non. Vous êtes seuls. Tu vas me sortir d'ici? Oui, par la peau du cou.Gros rires d'Afrique. Et où j'irai après? Je te dis que je sors sans quelque chose dans la main. Très bien. Dans ta main je mettrai ma main.. Je ne sais pas comme le chef de village trouver les mots : "mes frères vous ne pouvez pas demander au chef du village de changer les chefs de famille...." je ne sais qu'approcher ma tristesse qui murmure : "ne deviens pas chair à CRS, pars, pars toi aussi, ne sois pas fier, abandonne le royaume de magie douce et noire... Nous chercherons pour toi un toit ailleurs." Ils sont fiers, rumeur d'une folie à mille voix. - Toi tu as 25 pour cent de folie me dit le plus fou de tous, le cahier natal dans les étagères de l'esprit. - Seulement?... Tu es bien injuste, avec quels instruments dissèques-tu ma raison? Il disparaît, ou moi. On ne sait jamais dans ce royaume qui sont les fantômes. Le rebelle passe et dit : "je suis le rebelle". Oui. Chair de rebelle à CRS (son visage que j'aime devient la petite gueule blanche du Mexique couverte de sang, le plus joli minois vu dans ma vie. La beauté blanche résonne dans la beauté noire, ensanglantées) Je sors du royaume, j'ai un endroit où aller. Quitter mille êtres, les abandonner à leur triste sort, un grondement de tête, et aussi les malaises du livre argentin qui me poursuivent à l'intérieur, la Marre se projette sur les murs fissurés de l'agora où s'infiltre la pluie à grosses gouttes... (Les rébellions violées, torturées, humiliées toujours renaissent fières, belles, d'une poésie implacable. - Fallait-il refuser à Saint-Arnaud de faire sa profession de foi barbare : "On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres" - Le Royaume sera rasé comme la forêt parce qu'il croît à l'intérieur de ses propres limites. Qui le comprend? Nous grandissons les uns des autres le village s'élève jusqu'à cette passerelle où s'ouvrent les portes du ciel. Le monde tourne.) Bien sûr ce soir là on me tend un verre de "fin del mundo" argentin, qui me saoule comme un vin tannique à San Cristobal de Las Casas, je glisse derrière le temps.Un souffle ouvre une brèche opéradique, les limites du Royaume se dispersent, nous serons à nous-même notre propre Royaume.
Par Métie Navajo
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Jeudi 22 juillet 2010 4 22 /07 /Juil /2010 15:10
En ocasiones quisiera parecerme a nuestros abrazos, a ese consentimiento en tus ojos que me permitía acercarme. Viajar es como no traicionar jamas nuestras noches parisinas, esa multitud ruidosa de imagenes hechas de sueño y amparo. Sos el huesped invencible y el silencio cálido en las noches más frías. Recordarte es como perdurar.
Par Métie Navajo - Publié dans : journal parisien
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