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AUJOURDHUI dans le salon


Aujourd'hui j'ai un blog.
(il y a aussi aujourd'hui un énorme canapé bleu dans le salon).
Sur le blog il y a des feuilles de voyage.
(Sur le canapé bleu, des corps ou des absences de corps).
Rien qui clignote rien qui brille. Pas de fleurs.
Rien de très sérieux.

A votre disposition aujourd'hui:
des mots. Souvent de moi, parfois des autres, dans tous les ordres...
un énorme canapé bleu.


Métie N.
Dimanche 11 mars 2012 7 11 /03 /Mars /2012 21:53

http://revue.sprezzatura.free.fr/

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  4 de couv

Par Métie Navajo
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Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 21:45

Marseille. Inutile de m'appesantir sur mes traces, on le sait n'est-ce pas que je suis montée des vallées-jours vers les nuits et descendue de la colline nuit vers les jours, de la belle d'avril à la Dame de Garde, du petit bruit des eaux de Malmousque mon anse préférée au toit d'Endoume où je désarticule le tao face à la mer qui scintille en se réveillant (elle quitte doucement son tendre voile de brume), passant par le péché mignon du croissant chocolat (il n'existe plus) aux cavernes d'épices de Noailles, sous les rires des mouettes et dans l'écho des slogans, entre les jambes des grands noirs tambourinant, à bord d'un camion emmaüs transportant le soulèvement d'Oaxaca Mexique, ou juste à côté de l'être aimé aussi infiniment que la mer, ou ses fantômes... (Ma ville amoureuse. Comme j'ai aimé à Marseille, joyeusement et passionnément, disons que c'est la ville éperdument amoureuse, comme si se perdait au miroir de l'eau la retenue parisienne, comme si le bruit bleu vaguelottant devait apaiser les coeurs déchiquetés sur les rochers pointues de l'aurore, parfois d'avance, car bientôt les êtres se séparaient et les amours repartaient en avion low cost ou en TGV, et Marseille restait une enclave creusée par le vent, la mer...)

 

En trois heures j'ai changé de saison, le soleil est pleinement là et toutes mes vies se mélangent puis se concentrent en un feu intense, mon visage chauffe aux rayons qui me rendent la morena que je suis, je parcours tous les chemins de ville et la cartographie précise de mes souvenirs, laissant les odeurs et les images éveiller les visages, les sourires, les yeux, les chansons du matin... j'ai la peur vague d'être submergée par la vague d'amours anciennes (bleues, blondes, noires, tachetées de rousseur...), et me sens à l'étroit entre les époques, je déserte (cette ville est toujours une guerre).

 

Deux heures d'ennuyeuses paroles pour s'éloigner de la mer (le prix de l'essence), je retrouve sur des terres plus libres le Chinois dans sa petite caravane de célibataire. Il dispose d'un poêle qui a fait monter les négatives du rude hiver à plus de trente degrés, d'une guitare bleue industrielle chinoise qu'il apprend à faire sonner avec le génial musicien polyglotte, d'un dictionnaire franco-chinois, de quelques livres auquel j'ajoute un Kafka. De quoi aurait-il besoin d'autre? Je le regarde, brun et fort il est devenu si beau à l'air de la campagne, le voilà maître boulanger, hier supervisant la fournée générale il a oublié un pain rond au centre du four, la part des dieux selon une des sorcières modernes qui a les yeux si absolument bleus... Je vais des plantes médicinales aux visages nouveaux ou revenus de temps mexicains, et discutant avec deux femmes splendides (leur rire, leur yeux pétillants, leur liberté bien mûre) j'ai l'étrange envie de vieillir (rare et délicieux sentiment), comme elles... La nuit est piquante sous les étoiles de la voûte que j'effleure d'un doigt, je dors bien et simplement réveillée d'un tendre "ça va méthyka?" de ma chère camarade de route, je fonds de bonheur et entre délicieusement dans le jour... Un tao cynorhodon, des adieux rapides, descendre des collines, descendre la Provence,  

 

Marseille. Je peux me promener sur les côtes bleues sans démons ou plutôt avec cent démons protecteurs qui surveillent mes pas, et aimer la mer qui au fond de sa calanque miroite délicatement, la pierre blanche s'étoile aux rayons du soleil qui décline rose vif, au matin du dimanche à défaut de portugais je bois la noisette au rade des poivrots sur le vieux port en travaux perpétuels (feront-ils de Marseille une carte postale?), les rires des mouettes se mêlent aux rires des Marseillaises... Bientôt Paris, au sommet des escaliers la vue est si belle sur la cité, on se retourne et c'est l'atroce gare refaite à la mode des atroces galeries commerciales TGV, Paris, la Gare de Lyon en phase finale de sabotage TGV-Galeçiale est devenue un labyrinthe cauchemardesque, Paris grise et froide, ensoleillée et tiède, portugaise et blonde rousse en haut des escaliers... Paris que toujours j'aime et déteste, avec ce goût prononcé des ailleurs que l'on effleure du coeur. 

 

 

 

 

Par Métie Navajo
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Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 12:25

 

J'ai posé mes mains puis mon front contre le front de l'arbre, et, relevant la tête, j'ai surpris le regard de la femme qui surprenait ma tendresse d'amante... Je n'ai pas été gênée, j'ai fait comme on fait dans ces cas-là, comme si de rien n'était, et me revoyant étreindre l'arbre à travers les yeux de cette femme, j'ai souri à l'intérieur... J'ai retiré ma veste polaire enlevé mon pull remis ma veste polaire et resserré l'écharpe autour de mon cou, réchauffé mes articulations, puis le baton s'est ébranlé fièrement (fier de froid) sous un ciel bleu très pur, parmi les rayons glacés d'hiver qui ne figent pas le tao, l'ombre délicate des branches sur les murs blancs, la mienne s'étirant de mes pieds, tellement plus leste et longue que moi dans la danse... :Bonheur au Tao-Jardin-Soleil. (Trop occupée d'amour et de société voilà longtemps que je ne m'étais pas rendue en mon lieu, qui m'appelait en rêve de ses longues branches). Je respire à côté de mon arbre, nous nous mélangeons les racines, je rends au ciel l'air qu'il me donne. L'inlassable ciel. (Chaque geste est merveilleux. Chaque souffle. En une trentaine d'années et peut-être cinq ou six vies, je n'ai pas réussi à me lasser du ciel et des dessins que le soleil couche-tôt trace en pastels bleus roses violets d'adieu, ni de la lune vaporeuse dans la nuit qui pique et mord, je crois même que j'aime le froid plus qu'avant, il me passionne les sangs et rafraîchit ma cervelle...). Il y a deux jours la fine première neige a doucement recouvert Paris, la rendant si jolie, et autrement sonore (le silence d'hiver, plus dense, me réveille), et hier soir je suis sortie sous les flocons, mes pas crissant pour la première fois sur le mince tapis blanc qui éclaire la nuit et la fait briller.

 

Je marche en courant le bâton terroriste en main jusqu'aux étals du marché clairsemé, les poissons n'ont pas pu arriver mais les primeurs sont là, emmitouflés de gaité encore, "y a qu'à la télévision qu'on se lamente, on va bien nous, on a pas froid, c'est juste qu'on respire pas... Moi j'ai de l'asthme vous voyez...  On croirait que le ciel est pur comme ça, mais pensez! A Paris c'est encore plus pollué par ce froid... (regard sur moi, perplexe) Zavez pris vot' bâton pour vous réchauffer?" Un simple sourire se fait vapeur épaisse et chaude dans les airs. Des pommes des oranges et des topinambours côté gauche (pour le roulement du son), l'arme côté droit, les chemins quotidiens ne deviennent pas routine si je peux en dessous de zéro prendre le bâton entre mes gants et le mouvoir sous un ciel bleu très impur, enlever le gant et glisser la main dans la paluche de Paulo qui m'appelle aujourd'hui Lilas, siroter la noisette à petites gorgées avec à l'esprit l'image d'une larme sucrée au bout d'un nez surmonté de yeux aux mille nuances amoureuses, bleues argentines à l'heure de Porto et méditerranéennes au réveil (l'amour peut même y geler, lacs d'ardeur recouverts d'une fragile couche de glace), et les constellations de beautés granuleuses, un  garçon couleur de miel dans une lumière de miel d'été (érable l'hiver), tout ce qui crée l'harmonie d'un être, de deux êtres (pointe rose sur café au nez blanc), deux corps infimes qui s'enchevêtrant dans l'espace infini deviennent infinis dans l'espace tout petit.... (Nos corps restreints agrandissent le territoire de l'aventure, la perspective, l'horizon... Nous regardant, au retour de la lune, j'avais envie que quelqu'un nous peigne, non pas "quelqu'un", mais un génie des angles. Picasso. Ou Nabokov, à la manière dont il peint le trio amoureux de Manhattan). Il y a à chaque instant douleureux une possible joie... "toi tu travailles jamais ou quoi?" me demande Paulo une énième fois pour me sortir de ma rêvasserie... Sans attendre de réponse il se met à fredonner, s'interrompt pour gronder encore que j'ai renversé une goutte de ma noisette dans la soucoupe, il fait froid il s'assoit à côté du chauffage électrique qui est intelligemment placé juste à côté de la porte d'entrée, il ne regarde pas, je lèche encore la petite goutte brun clair sur porcelaine blanche du Portugal, je sors, les gants, le corps saisi par le soleil glacial se raidit, se détend, le bonnet, le bâton, marcher en courant, toute la joie possible de l'hiver...

 

Par Métie Navajo - Publié dans : journal parisien
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 11:19

 

A Madeleine

 

 

Les lecteurs s'impatientent, mais je ne veux pas presser le temps, il est si susceptible, juste le secouer gentiment pour en faire tomber quelques épisodes mûrs pendus à des branches basses, après tout, 68 ce n'est pas si loin, des voix, des visages et des mélodies m'y ramènent souvent... (vision chronologique descendante: levez les yeux, le passé est en haut)... La piste de Roger Khâ qui ne cesse de s'évanouir dans le silence et de réapparraître dans la lumière d'hiver (le vrai hiver se pose enfin sur nous, l'empereur César du 14ème arrondissement a raison: on en a besoin...) y mène aussi.

Mais laissons la jeune fille sur les genoux de Roger Khâ (une photographie d'époque), mon tao suspendu au soleil à côté de son arbre, mon Désir essouflé en haut des escaliers, et le bonheur fragile à sa bonne heure... Et revenons vers le 5ème arrondissement...

 

 

Ca a donc commencé comme ça, nous on avait rien fait, presque rien, on était à la Sorbonne et...

 

  Evidemment j'entends la voix des cascades d'un peu plus loin maintenant, derrière quelques jours-semaines, il faut donc plonger le nez dans le précieux carnet pas encore perdu (la malédiction actuelle), et déchiffrer les notes jetées dans un métro cahotant après notre dernier déjeuner, un vendredi merveilleusement ensoleillé, où, on s'en souvient, nous recevions une visite beauvaisienne inattendue mais opportune... Voyons... ça vient après la critique littéraire de Nabokov et Liscano au café portuguesh... mais avant la fête argentine ratée (quoique la promenade d'une douceur absolue dans les bruits et les visages de la première nuit de l'année ait été très réussie)... ne traînons pas trop en route... cette tendance à regarder toujours les orillas del camino... Nous y voilà: Prise de l'odéon, histoires vues de loin (c'est exactement ce que j'ai écrit comme espèces de de titre et sous-titre).

 

Après la nuit du 10 mai (tu sais qu'il y a eu deux nuits sanglantes en "mai 68", celle du 10, et celle du 24), vers le 14 mai, Philippe (mais n'était-ce pas plutôt Jean-Jacques?) Lebel... Tu vois qui c'est? Oui, vaguement... (manière orgueilleuse de dire pas du tout, mon interlocuteur connait) Un type d'une famille culturello-grande-bourgeoise, père expert d'oeuvres d'art, il revenait d'études aux Etats-Unis plein de Happenings et theater post surréaliste... Il avait monté Le Désir attrapé par la queue de Picasso... Ce Lebel, qui en a après la culture évidemment, a l'idée de lancer le mouvement de la Sorbonne vers l'Odéon. Là il jette à la figure des J-L Barrault et Madeleine R. mythiques directeurs de l'époque Révolution La culture est morte L'art est mort Les artistes sont morts Votre Théâtre National est mort et Comment osez-vous continuer à faire ce "théâtre" alors que le peuple dans la rue... -En quoi il n'avait pas tout à fait tort, et aurait sans doute de plus en plus raison, mais c'est si facile de toujours tout critiquer, que vive donc la culture morte de la société des cadavres du spectacle, ce n'est pas de n'avoir pas su inventer un joli slogan depuis 68 qui fait frémir (ça pourrait être bon signe) mais plutôt de s'être habitué à vivre dans une serre-cercueil aux mauvaises odeurs dissimulées par des parfums très chers- Bref, il arrive ainsi à faire pleurer Barrault comme Madeleine, sensibles à ces questions (ils aimaient Artaud et le théâtre de la vie tout de même, rêvaient d'art total et populaire...) qui ouvrent l'Odéon aux interprètes en chair et os de mai 68. Ils en seront remerciés bientôt par le grand Malraux, il y a là-dessus plein de documents... Pendant un mois l'Odéon devient un forum permanent, on y vit par roulements, on y passe, on y parle surtout... C'est la grande tribune de déballage, paroles, paroles, paroles... Mais là dessus c'est Th. que tu devrais interroger, - chroniqueur de blues libertaire déjà rencontré autour d'un fils d'Industrial Worker of the World en tournée européenne dans un break suisse allemand (voir les éléments de ce mystère sur http://nomsdefleurs.over-blog.com/article-33788294.html)-, parce que lui vraiment il y était... Au début de l'agitation il était intéressé mais n'appartenait à aucune organisation ni syndicat ni rien, et savait pas comment se mettre dedans tout ça... Alors il est resté presque en permanence à l'Odéon, y jouant le rôle d'un topile (sic, et pour ceux qui ne connaissent pas le terme, allez réviser la répartition des charges dans un village indien au Mexique).

Mon interlocuteur lui n'a rien de spécial à raconter sur l'Odéon, il faisait un tour de temps à autre avec sa Madeleine, amoureuse rencontrée à peu près sur les barricades, et que l'on aperçoit avec lui dans Le Soulèvement de la vie du Maurice Clavel "messieurs les censeurs bonsoir" lors de l'occupation du siège de la Confédération Nationale du Patronat Français en 1970 (ils s'y étaient retrouvés pour dénoncer les conditions de vie des immigrés qui mouraient dans le bidonville d'Aubervilliers, et finirent tous en garde à vue, Genet et autres Duras compris). Il y passa tout de même une nuit, une seule, après la journée sanglante du 24 mai. La police forçait une à une les barricades du Boulevard Saint-Michel, la situation devenait critique, Madeleine et lui s'enfuirent comme beaucoup d'autres vers le Théâtre de l'Odéon, encore en "zone libre"... Le vieux théâtre, ajoutera-t-il plus tard (je mélange dans ma voix ses paroles vives et  ses mots écrits) devint le coeur de la ville qui brûlait, ou le coeur brûlant de la ville... Ils en firent une visite incroyable, des combles jusqu'au sommet, croisant Phèdre Figaro et le Rhinocéros au milieu de Romains et spadassins bariolés de toutes les époques, les costumes de centaines de spectacles se trouvant dignement portés par les occupants du lieu, jusqu'à arriver sur le toit, d'où l'on voyait s'étendre une mer d'hommes au triste uniforme...

 

- Ici nous retombons sur les pattes de la prise de l'Odéon en 1996, quand de l'intérieur de l'Odéon, où il se tenait aux aguets, il vit d'abord arriver la marée d'hommes noirs sans papiers, puis se poster les hommes au même uniforme dont le triste métier semble être d'assiéger le coeur de la ville (vie)-

 

Quelques jours après l'Odéon fut repris sans heurts, en juillet Lebel agitait Avignon avec le Living Theater et le festival était boycotté. Que devint Lebel? Riche. Il hérita de son père d'un hôtel particulier avec gardien en livrée, et collection d'oeuvres d'art expertisées. Il est grand copain de Jack Lang, autre professionnel du spectacle.

 

L'histoire se termine donc ainsi. Sauf qu'il reste l'essentiel à dire, pudiquement gommé lors de la conversation, et restitué par mail. Je ne peux mieux faire que citer dans le texte : "Le vieux théâtre fut dans cette nuit de mai où le coeur de la ville brûlait, un refuge pour nos amours adolescentes (Madeleine et moi n'avions pas encore 18 ans). Par enchantement, cette longue journée insurrectionnelle du 24 mai 1968 se terminait pour de jeunes amants en théâtre onirique, en un rêve éveillé et merveilleux."

 

Le rêve de mai 68 brûlait à l'Odéon. D'ardeur. 

 

 

  Il ne nous reste qu'à dédier Mai 68 à Madeleine.

 

Par Métie Navajo
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Vendredi 30 décembre 2011 5 30 /12 /Déc /2011 16:00

 

Mais... la prise de l'Odéon... N'était-ce pas 1968 plutôt?

 

Croisons les fils et tissons le temps.

 

(Fin du premier épisode)

 

Du restau Thaï de la rue du Montparnasse au bistrot de la rue Mouffetard où nous nous sommes souvent vus pour préparer la publication de notre Geste des irréguliers, il n'y a qu'un pas... J'arrive en retard parce que j'ai écrit trop tard, le patron qui me connaît depuis des années et m'a vu (mais sans doute n'a-t-il pas synthétisés  ces éléments en la disparate personne que je suis) corriger des copies d'étudiants de première année de droit, écrire dans mon carnet, apprendre l'alphabet sanscrit, lire le Parisien au comptoir, discuter du livre avec "mon éditeur" des cascades... (et aussi, voilà que ça me revient sans que j'aie envie de m'en souvenir, boire un nombre important de demis avec le premier anarchiste de ma vie, le martial... Mais laissons celui-là endormi dans un coin perdu de la mémoire, il est méchant quand il se réveille... ) me félicite chaleureusement pour mon livre qu'il a lu pendant l'été, et dont il me parle en détails enthousiastes... (Des yeux et des esprits se posent sur mes lignes, des oreilles entendent, des coeurs retiennent... C'est ce dialogue dont parle Liscano, que Nabokov livre dans des formes drôlatiques, qu'on imagine quand on écrit, et qu'on a seul avec soi-même tant qu'on n'a pas d'autre lecteur... Et même quand on en a... ).

Crâne brillant tout au fond du restaurant, la place habituelle... Alors que le prétexte de ce déjeuner est la poursuite du récit de l'Odéon, nous commençons, comme il se doit, par parler d'autres choses... (c'est une erreur au fond, il faudrait toujours commencer par le vif du sujet, et prendre l'apéritif en dessert si on a encore faim...) Or voilà que pendant autres choses apparaît un joli trio beauvaisien de notre connaissance... Moi je ne les ai pas vus depuis que j'accompagnais chez eux le camion du soulèvement populaire d'Oaxaca Mexico, soit un an et demi qui en paraissent dix, ou alors c'était hier... Pas tout à fait, Lucio a grandi et se fait témoin du passage du temps, alors que les deux parents sont au moins aussi beaux que dans mon souvenir... Nous mangeons donc à quatre, et on ne peut pas leur imposer d'emblée la prise de l'Odéon... Des nouvelles de- et de- , Barcelone (Karcelona dit l'ami belge qui ne s'arrête jamais à Ripa) et Paris, Beauvais, les ateliers de la bergerette, plus ancienne ressourcerie de France, qui se voient privés par la Mairie des deux bennes qu'elle leur prêtait et des fonds pour le traitement des déchets de la ville (plutôt amusant non? A croire qu'elle préfèrerait payer plus cher une entreprise privée pour le même travail...). Il paraît que la maire est amatrice de Villepin... Ah oui? L'éditeur des Cascades conseille de lui écrire, après tout, le grand homme ne défend-il pas l'autogestion en clamant que la lecture de Debord est indispensable...? Pas mal, de ces perles d'actualité qui m'avaient échappées... La daube de boeuf est finie, Lucio est trop sage pour prendre un dessert... Passerons-nous à l'Odéon?... C'est qu'ils doivent partir... La fin de 96 donc, reprend la voix des cascades... Non, par chronologie inversée nous en étions arrivés à 68... Ah? Mais 68 je n'ai pas grand chose à te dire, je n'y étais pas, à l'Odéon... Enfin j'y suis passé de temps en temps bien sûr, mais c'est plutôt Untel que tu devrais interroger... (Je sais qu'il va m'en dire quelque chose... Qui prétend que je veux la version complète de l'histoire qu'on trouve je n'en doute pas dans une dizaine de livres et films documentaires et mémoires de nationalités différentes... )  En tout cas je peux te dire qui a lancé le mouvement,  ça je m'en souviens bien, c'est...

 

Ca a donc commencé comme ça, nous on avait rien fait, presque rien, on était à la Sorbonne et...

 

 

Allez, encore un peu de suspense...

 


 


 

Par Métie Navajo - Publié dans : nomsdefleurs
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