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barataria

Dimanche 25 mai 2008 7 25 /05 /Mai /2008 14:37


Gambler retrouvé (par surprise) menace de ne pas livrer le récit de la nuit passée, il faut bien que quelqu'un la rumine. J'archivais déjà les blanches nuits de Barataria après tout...

Gambler retrouvé (par étonnement)
 -je lui ai dit déjà qu'entre les paroles belles et bonnes du Philosophe je regardais ses lobes d'oreilles rouges...-
vient s'asseoir très exactement devant moi, refuse de me voir, tout absorbé qu'il est par la fille X imperméable et peau laiteuse de parisienne (pensé-je de la Slovaque)...
Ai-je tant changé au Mexique ?
(Ou plutôt : changea -t-il son peu en mon absence....?)

Ses larges épaules, sa haute tête blonde. La pensée parlée se déploie dans l'espace, parfois souriante.
Il s'agit de ce qui apparaît soudain, émerveille...

Le rire que je prévoyais de ses petits yeux bleus quand enfin il se retourne et s'étonne de me voir.

Gambler retrouvé (par émerveillement) c'est une nuit blanche qui commence. Une nuit blanche change systématiquement l'écoulement du temps qui se démultiplie à l'intérieur de lui-même, créant d'autres espaces.

On y vit plusieurs nuits et jours, plusieurs lieux.

1ère nuit

Je retrouve partie de la famille dite mienne pour anniversaire paternel, habituels sushis colorés et conversation creuse, traiteur japonais du 15ème, mes soeurs sont belles. On se sépare aux glaces de Montparnasse, j'appelle Gambler, il ne répond pas. Je décide de rejoindre quand même ses compagnons de séminaire, pour voir...

2ème nuit

Je retrouve la bande, soi disant pas la bande à Gambler mais celle d'un autre, dans un bar à cocktails roses qui ne sont pas de pamplemousse. Les gars sont déjà un peu soûls, Gambler n'y est pas, je suis malgré tout accueillie. -Bien sûr, je suis fille, les gars sont déjà soûls... Ce n'est pas seulement ça.- Présence-absence de Gambler; comme un fait exprès...  Je bois et bientôt je fume les premières cigarettes depuis la pneumonie mexicaine. Mes poumons chantent. Nous parlons nous rions la bande est bretonne parisienne bruxelloise bordelaise et fort sympathique. Je ne parle pas de l'Autre Bande à l'Autre Table, un rien plus assise et moins folle, qui lève le camp plus tôt, avec regards appuyés vers le Génie avec nous assis, regards masculin de l'écrivain et féminin de la Slovaque peau laiteuse, dont on reparlera...

-le Génie c'est le gars marin qui vient de publier un livre au beau titre que les voix hautes et ivres massacreront bien des fois au cours des nuits-

Gambler ici est Fils de. Fils de ? Fils de son père spirituel qu'il s'est fait naturel. -Si seulement je pouvais en faire autant, si seulement je pouvais avoir envie d'en faire autant...-

Cocktails roses acidulés servis par beau serveur belle gueule en habit blanc dans bar vaguement chic de Montparnasse où, paraît-il, venait se soûler la gueule telle idole soler de la bande... -j'exagère, la bande bien catholique n'est pas idolâtre...- J'en savais rien. Je m'étonne toujours d'être si peu connaisseuse des gens et des lieux.
Après chaque séance du séminaire H où ils se sont rencontrés ils passent une nuit à se soûler ensemble en alcools et paroles. Je suis accueillie. Au départ je suis fille et reçois en conséquence l'attention ivre des gars pour cette raison, mais dans le fond je m'en fous, depuis le retour du Mexique je manquais de folie, c'est de la beauté folle qui jaillit tout à coup dans ma vie parisienne, et je m'émerveille. Les langues - bavardes- ouvrent le monde où toutes les expériences peuvent être faites...

On m'offre une rose rouge. Une de ces roses qui font la tournée des bars au bras d'un Pakistanais ou d'un Indien et se fanent peu à peu dans la nuit...  Je n'ai pas d'autre possibilité que d'accepter. Je n'en suis ni flattée ni même offensée (rose à la fille, fille à la rose...), je me suis libérée de quelque chose au Mexique tout de même, quelque chose de bien lourd et pesant:
JE CROIS QUE J'AI ENFIN PERDU LES BONNES MANIERES... (du moins de jeune fille en fleur...). Les garçons pourraient en être offusqués, ils ne remarquent rien, la bande a la générosité de sa folie légère... (et peut-être mensuelle). Parlent haut et fort, nous rions, nous buvons fumons dedans dehors, c'est alors l'heure je crois du premier massacre à voix d'Artaud du texte génial marin (dédicacé, en fonction). Voix suraiguës crissent en dents de scie, ils sont bons imitateurs je peux pas dire... On ne nous vire pas de l'endroit parce que justement c'est l'heure de la fermeture... Il est temps de changer de nuit.  Comment suis-je...? Je m'osculte rapido de corps et d'esprit, vaguement soûle, je marche droit; de bonne humeur, parfois chouchoutée comme la fille mascotte de la bande mais ne m'en flatte ni ne m'en offense, je m'en fous. Je parle et j'écoute, je ris. La mer H Venise les catholiques mariage et divorce le Mexique l'amitié Soler en livres et DVD l'humilité en concours plaisanteries mordantes commencent à pleuvoir sur la tête libre de certain individu qui on s'en souvient sortant de la deuxième nuit photographia la bande du Génie d'un regard appuyé tandis que le Génie ne voyait lui qu'autre regard soi disant appuyé de telle Slovaque laiteuse... (L'ereignis évènement fait se prendre en considération l'homme et l'être : se rendent leur regard) (je pense à ça...)


Nous portons gaiement notre ivresse jusqu'au second lieu, 2 mètres du précédent, le Daisy's bar, quelque chose de l'ordre du club privé presque vide, ambiance cossue sièges de velours rouge, Daisy sourire à qui j'offre la rose en entrant, une femme blonde au comptoir, peut-être d'autres personnes, je ne sais plus... Daisy a la cote en orbite ils ont tous plus ou moins des vues sur elle je pense que mensuellement après le séminaire chacun a des espérances ou au moins fait semblant d'espérer dans ses songes d'alcool qu'il va finir la nuit avec Daisy... Whisky et Champagne.
Enfin arrive Gambler.

3ème nuit.
Arrive enfin Gambler et chacun de battre des mains quelle allégresse l'arrivée de Gambler fils de talent énorme assasin de président amoureux maladroit et séducteur force de la nature qui un jour explosera... Pfffou...intarissement d'éloges franchement si c'est pas la bande à Gambler moi qui le connais et l'aime depuis bien du temps je m'émerveille de voir sa vie ainsi comme il la façonne... Moi qui me sens si pleine d'une liberté énorme si proche de vivre comme j'écris plutôt que d'écrire comme je vis je m'émerveille encore... (Tant que je ne devine même pas alors dans ses yeux la tristesse, cachée au fond de l'iris bleu, sous le rire basse sonore.
-tristesse légère des grandes peines-)

Whisky champagne cigar-ettes-illos nous fumons dans le bar c'est interdit et autorisé par Daisy la jolie la licencieuse la rose rouge offerte n'avait pas même d'épines... (incroyable, les roses maintenant n'ont plus d'épines, toutes ces filles toutes ces roses qui ne piquent plus, sont-elles alors belles?...) (Quelque chose change dans la nuit parisienne). Comme tu bois! (me dis-je)  tout de même depuis le Mexique je bois je mange je fume je fais tout plus qu'avant moi la fille de la bande j'ai du ventre et pas de bonnes manières ni franchement de tenue... Gambler célébré s'asseoit à côté de moi toujours dans sa sollicitude son désir son affection ses mains se poseront quelque part; épaule, taille, cuisse... Je suis l'amie de Gambler. Le Génie marin l'invite à faire partie de son équipage. Parle de mer et de danse classique. Né sur l'océan lui seul fait le grand écart sur la barre au milieu des femmes et de leur rapport avec leur corps... C'est stupide, parfois je m'émerveille, avec Gambler nous rions...  Suit la discussion ivre sur certaine tête libre qui on s'en souvient sortant de la 2ème nuit photographia la bande d'un regard appuyé mais avant déjà demandait quelque chose sur le FILS DE et le Génie de défendre bec et paroles son copain Gambler de son nom Alex Alexandre Monsieur pour vous servir mini bombe littéraire à retardement et ou assasin de président... Ca les émoustille la bande ça que certain individu qui n'aime pas Soler prétende les avoir à l'oeil appuyé catégoriser les uns les autres et ainsi se voit qu'il jalouse et en outre a le culot de partir accompagné de regard (non) appuyé de la laiteuse slovaque qui est belle et d'intelligence caractère mais bon, qui part avec un autre... La bande est soûle Gambler annonce qu'il se sépare de M l'aimée ça me rend triste je cherche la tristesse dans ses yeux, je me rappelle maintenant qu'ils ont perdu leur petit éclat bleu.


4ème nuit

On va à l'Hippopotamus. Tout ce que nous faisons est pour eux périodique, mensuel et rituel.
4h45 pour fermeture à 5h, il faut négocier ferme pour avoir le luxe de manger des côtelettes d'agneau frites haricots eau de Médoc beurck moi la fille crème brulée même pas tiède (la fille), ils reprennent à tour de rôle le massacre en voix haute du livre Génial que je ne perds pas l'envie de lire malgré tout...(un miracle).
- langues - ivres- ouvrent le monde où toutes les expériences peuvent être faites -
Enième récit  de la scène de tel individu 2ème nuit regard appuyé libre fille laiteuse Fils de président...

Un parle fort et rit beaucoup, il anime la bande, il prend bientôt le train, un n'articule plus, d'autres parlent de moins en moins...

5ème nuit : jour

Vers 6h on sort de l'Hippo déguelasse et de la nuit. Nous traînons de l'autre côté de la place du 18 juin 1940 jusqu'au Baroudeur, en vérité nous ne nous traînons pas, nous sommes plein d'allégresse je crois, en tout cas de vie, du moins de folie légère. J'entends que je suis folle aussi...
J'ai souvent la main d'un garçon sur l'épaule quand nous marchons, à ne pas en faire cas elle disparaît d'elle même; glisse, tombe...

Vin rouge et café.  lecture de carnets et livres je pourrais me vexer j'ai l'impression qu'ils m'écoutent pas mais enfin ils s'écoutent pas franchement entre eux non plus...  Je suis sans doute la moins sérieuse la moins travailleuse la moins érudite de la bande c'est vrai qu'à force de vouloir vivre comme j'écris je risque de vivre beaucoup mais peut-être d'écrire moins... ? Non, non, car j'écris-vis, c'est de cela
qu'il s'agit...
-la maison de l'être c'est avant tout le langage-

jour 2

On accompagne le premier qui s'en va à la gare. Ne voulait pas partir mais doit savoir au fond qu'il vaut mieux rentrer maintenant, que la gaiété des nuits blanches résiste rarement à la lumière du jour, même si cette lumière est douce et belle comme aujourd'hui, tristesse des matins à ne plus savoir ce que l'on fait ensemble...

On joue à vouloir monter dans le train et partir. Je pourrais le faire, j'hésite à le faire, j'en ai le coeur qui palpite très vite, mais comme d'habitude non, c'est que moi j'y vais bientôt pour de vrai, al Pais Vasco...

Sans nos lunettes nous ne voyons pas bien, flou. Séparations à la gare Montparnasse TGV. Nous ne sommes que trois à partager le petit déjeûner. Café Brazza, baguette beurrée confiture croissant café jus d'orange, souvent pourtant avec le Chef Gambler nous finissions la nuit commençant le jour chocolat chaud, mais il est allé vers son Parc de Sceaux, comme d'habitude je ne vais pas au Parc de Sceaux, je ne sais pas pourquoi...

C'est bien encore, ce qui reste de la bande désoûle et fatigue, parlant Franc-Maçonnerie Protestants  frigides et  langue érotique, le beau soleil doré et frais se déploie sur le monde. A la fin il ne reste que lui et moi, cette vague envie de rester ensemble sans être trop sûrs de vouloir rester ensemble, une indécision calme et  le tarissement progressif de la parole, mais sans inquiétude (je ne suis pas inquiète, ni de lui, ni de moi). Il serait possible de continuer le jour avec cet inconnu dans une folie dentelle, vaporeuse...  Nous nous séparons devant la Gare Montparnasse où nos pas nous ont reconduits et qui est bien moche, tout simplement parce que le matin lumineux suivant les nuits blanches n'appartient qu'à soi (je crois), ne se partage pas. Adieux devant la gare sans que l'un de nous ne prenne le train.


Jour 3

Je jouis de la lumière, les hommes que je croise me sourient comme si j'étais belle d'avoir fait l'amour toute la nuit, je marche dans mes pas jusqu'au marché des riches et des pauvres, le stand du vieux monsieur Portugais aux yeux bleus brillants que je n'ai pas vu depuis 6 mois, il est encore plus beau qu'avant, ses yeux encore plus brillants, je lui achète trois pasteles, j'ai oublié leur nom, je crois pasteis de nata... Il est heureux de me voir aussi, même si nous n'avons rien de spécial à nous dire, il me choisit soigneusement les trois pasteis et décide de m'offrir une rose, il a quelques roses derrière lui, me propose de choisir la couleur.
la jaune (celle du jour)

La rose à la main, la main à la rose, la fille..., je souris.  Le sentiment d'une liberté énorme, totalement mienne, m'envahit sans me déborder... liberté dont je ne suis peut-être pas encore totalement responsable, mais qui au moins ne fait pas peur.
La fatigue pèse tendrement sur mes paupières, mon ventre est tout gras tout rond, mes poumons enfumés, je me sens bien.
La rose jaune du matin n'a pas d'épines non plus.





La morena à Paris; ciel gris dans les feuilles,
je crois que le monde me sourit




 

Par Métie Navajo - Publié dans : barataria
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Lundi 18 septembre 2006 1 18 /09 /Sep /2006 18:38

Chincoteaque

Chincoteaque, 23/09/05 ; Chincoteaque [Chincotik], c’est quoi, une survivance sonore des Indiens. Des Amérindiens. Des Native Americans.

09/05 ; Chincoteaque [Chincotik], c’est quoi, une survivance sonore des Indiens. Des Amérindiens. Des Native Americans.

Chincoteaque. C’est une île (justement), une île prise dans l’océan, pas loin du continent.

C’est là où j’étais, c’est là où je suis, 23/09/05, c’est là où je me lève, 23/09/05, 5h30 a.m. Je suis arrivée la veille, la nuit, l’océan fondu de nuit sauf aux dentelles. Je me réveille tôt, tout à coup pleine de vie, pleine d’une vie qui m’échappait. Chincoteaque, 5h30 a.m., enfin la mer. Mieux. Enfin l’océan. Mais c’est toujours une présence féminine que je cherche.

Le grand soleil rouge vif (le grand Christ rouge de la révolution…) se lève et irradie. Brûle le ciel encore moelleux et tiède. Rouge de son lever récent.

Suivre la mer, suivre le soleil.

Continuer la dérive. Heureuse. Chaude des amitiés récentes. C’est trop de le dire. Le calme. Cri des mouettes, non, des canards sauvages. Au loin, le bruit de la mer.

Suivre la route, quelle route ? il n’y a qu’une route. Des terrains à louer en bordure. La lumière est belle, dorée comme en fin de journée sur les feuillages, lumineuse lumière, pas agressive encore, caressante sur les feuillages. 

Suivre la route vers soleil et mer. Longer les terrains (à louer). Sous les plantes, de l’eau, ce sont des marais. Marais à louer. Une baraque flotte dessus. Pas d’habitations, peu d’habitations flottent sur l’eau. L’odeur forte de l’océan qui dort. Du sel. L’odeur d’un port, au loin, tout près, je suis sur une île. Chincoteaque. Mais où ? Suivre la route et de route en route en route trouver les chemins privés de propriétés privées. Heureuse. Je ne cours plus, je marche. La ville dort. Où est la mer. Je ne cours plus, sauf des pensées.

Demi-tour. Dériveuse je suis de nature, et tout au long de la vie. Pas d’orientation. Ce n’est pas une vraie dérive c’est un laisser-aller insolent au gré des routes sans idée des chemins ni des frontières ni des bornes ni des arrivées. C’est un abandon total et déséspéré au faux hasard qui ne nous guide pas. (Un coup de dés, évidemment). Le jour s’ouvre peu à peu, s’éclaircit et parfois pourtant le soleil disparaît. Dérivant le long des allées promeneuses où les maisons dorment, pins, lumière dorée, calme et serein début du jour, allégresse, beauté des Etats-Unis… (me dis-je, et je ne me l’étais jamais dit, jamais jamais.) Beauté de ma solitude sans doute. Je me sens prise Chincoteaque d’un enthousiasme universel que je t’adresse Chincoteaque mais je ne suis pas tout à fait seule, je mentais, je mens toujours, car il y a ces deux compagnons que j’ai emmenés avec moi ou peut-être qui m’ont suivie ici. Ma joie adressée aux deux présents-absents de ce voyage. Des garçons ; mon compagnon idéal qui vient parce qu’il me tient au cœur et à l’esprit, et qu’il est idéal, mon amant martial, qui me tient au corps et, disons, un peu à l’esprit. Ne marchandons pas les belles choses. Entièrement présents et interlocuteurs, mon compagnon idéal, mon amant martial.

Dérivée.

Le long des petites routes paisibles, pas de grillages entre les maisons. Beaucoup de maisons.

Des vacancies. Des envies –déjà- d’habiter ici, comme je suis frivole et peu fidèle à ma terre, comme avec les êtres, j’ai toujours déjà envie de quitter et de m’installer quelque part – au moins un peu- là où naissent les sentiments d’allégresse (dans ma tête).

Bonheur de ma solitude partagée avec mes deux camarades. Eux aussi sont des voyageurs de l’esprit.

Chercher la mer. N’aller nulle part.

Je marche les routes forment des courbes, boucles, croisent des chemins, bientôt des DEAD ENDS. Glaçant. Où est la mort. Où est la mer. Je tourne sur moi-même, pas tout à fait en cercle, je flotte quelque part pas loin peut-être de la mer et juste tous ces chemins finissent au pas des maisons alors où s’est cachée la mer, je l’entends, j’ai retrouvé le grand soleil qui jaunit à présent, futur vieillard.

Bonheur de ma solitude et bonheur à présent de mon écriture effrénée, je l’avoue, depuis combien de temps n’avais-je pas autant souri à écrire…

Sourire.

Egoïste à jouir de son bonheur seule sur terre… Quand même j’ai emmené mes deux hommes, je leur dis tout, ou presque, presque tout, je déguise une partie de mon invraisemblable allégresse. Pourquoi je sais pas. Je ne suis pas coquette.

Vol des canards sauvages. Le concert des coqs dédié au grand soleil. J’avance sans avancer sans reculer sur les routes Chincoteaque Chincoteaque ça sonne et quand je ne parle pas avec l’un ou les deux ensemble je me répète ce nom qui sonne, à faire grincer ma cervelle, sans penser bien sûr trop fortement à tous ces bibelots en forme d’Indiens Native Americans au supermarché de Chincoteaque, sans penser que ces vrais américains en concédant le titre aux faux américains Natifs ont le cran de faire encore des bibelots et fast folklore de mauvais goût, non ?, de mauvais goût le carnage Indien avec ses plumes et son arc et flèches et tient quelque chose dans sa main, quoi, une pipe, le carnage des années anciennes. Sans penser, pensée absurde, que peut-être l’on devrait faire de même près des anciens camps d’extermination de tous les pays, par exemple des Juifs squelettiques qui jouent aux échecs pièces en mie de pain Chincoteaque veut dire à mon avis l’île aux pins les poupées prisonnières des Khmers les yeux révulsés corps vidé de sang… Heureusement Chincoteaque que je n’ai pas à censurer toutes ces mauvaises pensées mauvaises et sans doute infâmes et infamantes parce que je mélange tout, moi je ne sais faire que ça, des mélanges.

Sans penser donc à ces aberrations abjectes, je sens gonfler mon allégresse vers le grand soleil qui me surveille et j’en fais part à mon interlocuteur – le premier réel de la journée, un petit poney pas sauvage du tout (Chincoteaque, the wild poneys’ island… il y a aussi des figurines de petits poneys au supermarché, je devrais en ramener à mes compagnons de route) mais bien enfermé dans son enclos avec deux trois frères. Il partage cette allégresse quelques instants avec moi, je le gratte derrière les oreilles et il plisse les yeux de plaisir, comme un amant, comme un chat. Et lèche ma main en retour. Je mets un peu de désordre dans sa crinière désordonnée et, sur ses indications, prend le chemin de la mer, qui ne mène nulle part, c’est à dire quelque part. Parc des oiseaux. La ville commence à se réveiller. Le soleil est haut déjà. Mauvaise pensée, je me demande depuis combien de temps je marche, Chinco Chincoteaque, je commence à avoir envie de la mer au delà de toute allégresse… Je chasse grâce à mon compagnon idéal cette sotte question de mon esprit. Je dérive et dérivant j’arrive sur Circle street qui me fait tourner à nouveau et puis sur Chicken City street. Chicken city… J’ai eu l’intuition que Chincoteaque voulait dire l’île des pins… mais peut-être est-ce l’île des poulets. Chicken city. Je retiens le nom, je retiendrai ce nom. J’avance et sans avancer je commence ça y est à céder du terrain de ma solitude, je croise des gens somnambules, qui marchent et roulent. Peu nombreux encore, heureusement. Bonheur de ma fragile solitude. Bonheur de ma solitude à l’écrire. Mais tout de même, chassez ces mauvaises pensées, l’agacement point par instant de ne pas trouver la mer, qu’elle continue ainsi à m’échapper. Soleil toujours présent. Les chemins finissent toujours par être privés quand rien ne l’indique.

Je veux dériver vers la mer, agacement diffus. Chicken City m’emmène sur Highland Street. Etc. puis sur un chemin qui semble non privé car non envahi de constructions ou plutôt envahi de constructions en devenir. Et de là un ponton, des canards, la mer.

Calme absolu précédant les travaux, un seul homme présent me regarde passer avec de drôles d’yeux, je sais qu’ici je ne ressemble à personne. Bonheur de ne ressembler à personne…, roseaux très hauts au bord de l’eau, vert jaune pesant de lumière, j’ai oublié de dire que Chicken City donnait sur l’Irlande, du moins telle que je l’imagine. La chaleur est devenue lourde comme la lumière colore les roseaux, je m’assois sur le ponton, seule au bord des futures maisons, seule au bord de cette petite étendue de mer serrée entre des bras étouffants de l’île. Le bruit des vagues bien sûr, leur douceur. Un îlot. Au loin sans doute sur cet îlot minuscule des poneys sauvages, je m’allonge sur le ponton, sans doute des pensées sauvages, lumière chaude un peu pesante, suis-je encore une fois, comme à Madagascar, comme à Costanza, comme dans cette limite introuvable entre le 14ème et le 15ème arrondissement de Paris, quelque part au bout et à la fin du monde.

Bonheur de mon allègre et silencieuse solitude.

Le soleil pèse sur moi. Je me souviens que je voulais protéger ma peau. Protéger ma peau de ce soleil qui lui est dû. Mes fidèles et infidèles compagnons chassent ces pensées.

Je laisse dériver mes pensées sauvages sur des poneys sauvages et vers L’Irlande d’Amérique.

Je ne me lèverai plus jamais.

DEAD END. La mer.

 

A la suite de quoi je me lève et quitte l’objet de mes désirs, lui tourne le dos.

Déception de ne pas vraiment dériver au retour mais de revenir sur mes pas, retrouver mon chemin, de ne pas réussir à ne pas m’inquiéter tout à coup de l’heure et de ceux qui m’attendent.

 

Car le soleil est haut, les gens ont recommencé à peupler les rues, habiter le jour. On me dit Good Morning. On me salue. Je ne suis pas d’ici, je ne suis pas d’ailleurs. Je suis ici.

 

Je vais me battre avec mon frère. Je lui dois bien ça depuis l’enfance martyre. Je pars en stop chez ma sœur. Puis de chez ma sœur. Je ne rentre pas à Paris. Je ne retourne pas. Je dresse des poneys sauvages, j’appelle mon amant martial, il me rejoint à New York, je suis à New York, c’est un mois après, un an, viendra-t-il, mon compagnon idéal viendra, il ne me laissera pas, ils viennent, ils ne viennent pas, et j’aurai abandonné la plus chère à mon cœur (celle qu’on porte dans son cœur, la sœur)…

 

Le chemin suit sa route, je suis mes pas et je reconnais tout, car tout ici se ressemble, routes et chemins, maisons toutes à l’identiques dans des formats et des couleurs différents. La maison des bûcherons, la maison des paysans, la maison de Barbie… Rose. Je ne vivrai pas dans la maison de Barbie. Je vivrai dans la maison brûlée, la plus belle de l’île, la maison brûlée, dont il reste la charpente, en face de la maison de Barbie.

 

Un homme arrête sa voiture à côté de moi. Un bel américain qui ressemble immédiatement à James Dean ou plutôt à quelqu’un qui ressemblerait à James Dean, avec de grands yeux bleus. " D’ya wanna’ ride ? ". Evidemment je ne ressemble à personne avec ces longues marches que je fais seule au bord des routes sans avoir l’air de suivre une direction. Je crois que j’ai toujours voulu qu’un Américain arrête sa voiture à côté de moi et me demande exactement ce qu’il vient de demander, avec cet accent là, exactement. Croyant que ça ne m’arriverait jamais. Son visage est beau et un instant j’ai envie de monter dans cette voiture et… Ses yeux sont beaux, la pupille déborde dans l’iris, l’iris dans le blanc de l’œil, l’œil dans tout le visage. Je souris et je dis merci, j’aime marcher, est-ce que je suis bien dans la direction de Chicken City Street. Il m’explique, et que c’est loin, me refait la proposition du " ride ". C’est une sorte de semi vieille bagnole qu’il a, bien à mon goût, où il doit baiser des filles le samedi soir, peut-être dans la forêt de pins de Chincoteaque, peut-être au bord de l’eau. Je décline par prudence mais à regret cette invitation. Il me sourit me salue et fait demi-tour. Je souris en marchant. Ce pays aussi peut être le mien. Je n’en suis pas, j’y suis, j’y suis au moins pour " a ride ".

 

Je rentre. Partout les gens sont sortis, éveillés, habillés, le soleil est haut. A son Zénith. Je vais bientôt arriver dans cette famille mienne qui ne me fait pas envie.

 

Le frère est là. Prêt à aller courir pour être en belle et bonne santé. La mère toujours un peu malheureuse, toujours un peu envieuse de mes départs, de mes libertés. La mère depuis combien de temps enfermée dans sa tristesse. Triste mère.

 

Bonheur de ma solitude. Bonheur de mon écriture qui me délivre de la famille et me rend à l’île.

Chincoteaque, à demain peut-être, à l’heure du grand soleil rouge qui brûle le ciel encore humide.

 

Mais demain sera le retour vers les hommes, car demain je troquerai infidèle que je suis mes deux camarades de route contre les jumeaux blonds que j’avais inventés pour Little Emily et que je trouve enfin sous les traits des frères de ma sœur. Et demain je ne serai plus à la recherche de la mer mais éblouie de blondeur. Et rien dans les mots sans douceur de ces nouveaux faux frères n’éclaboussera l’or de leur blondeur. Et je me sentirai glisser à l’intérieur de moi même et céder à cette voluptueuse tentation de la blondeur. Et plus aucune barrière dans mon esprit n’empêchera que je sois tout entière livrée et consacrée à cette blondeur. Et le grand soleil ne sera qu’une pâle figure disparaissant peu à peu sous l’éclat de cette blondeur. Et il faudra que mes yeux et tous les pores et toutes les portes de mon corps s’ouvrent grand pour que je m’imprègne complètement et pour longtemps et pour le froid parisien de leur lumineuse blondeur. La blondeur dorée de la lune bien sûr, car ce sont les jumeaux de la lune. Si seulement pouvait survivre jusqu’à ce soir cette blondeur.

 

 

J’ai ramené un peu de ces lumières à Paris. Elles m’ont éclairée, de plus en plus faibles et fragiles, les premiers jours de pluie. Et puis elles se sont éteintes. Il y a autre chose que le sable et le temps qu’on ne peut pas retenir sans doute, autre chose même que la vie, ces petites lumières fragiles qui réchauffent les yeux et les mains. Et de l’autre côté il y a le grand soleil. On avait à peine le temps de voir disparaître les hommes… Tout y passait, c’était dégoûtant, par bouts, par phrases, par membres, par regrets, par globules, ils se perdaient au soleil, fondaient dans le torrent de la lumière et des couleurs, et le goût et le temps avec, tout y passait. Il n’y avait que de l’angoisse étincelante dans l’air.

 

Mais à mon retour

je n’ai plus pu retrouver mon amant martial dans mes pensées ni même dans ma chair, et lui refusant mes lèvres, j’ai aussi cru perdre mon compagnon idéal, à 5 heures du matin, sous la pluie. Quelque part entre le 13ème et le 14ème arrondissement de Paris.

C’est bien ça ;

la blondeur des garçons qui finit par disparaître, d’autres lumières qui s’éteignent, d’autres pluies, d’autres brasiers qui brûlent les souvenirs, des déceptions communes mais si mal partagées, des solitudes qui ne deviennent pas des bonheurs de solitude parce que personne ne les partage…

 

A mon retour

j’ai pensé

que je ne serai plus infidèle en corps et en esprit, et ne croirai plus que ce n’est pas la même chose

Que je ne serai plus éblouie

Que je porterai toute mon attention à un seul endroit

Que je gagnerai donc en profondeur

Que je serai toujours infidèle en corps et en esprit, parce que c’est la même chose

Que je serai terriblement et atrocement légère jusqu’à ce que mes rides marquent ma profondeur

Que je saurai aimer en corps et en esprit, parce que c’est la même chose

Que je baiserai donc toujours en profondeur

Que je porterai mille attentions différentes à mille endroits différents

Que j’aimerai toujours moins en corps qu’en esprit, parce que c’est le corps qui marque la profondeur

Que je serai au moins chaque jour une fois éblouie

(au moins chaque jour une fois éblouie)

Que je ne serai pas seule jusqu’à ce que mon corps ait marqué la profondeur

Que je ne laisserai jamais mon corps marquer la profondeur

Que peu importe, j’aimerai toujours ceux que j’aime, dans cette durée immense et infinie qui est derrière l’esprit.  

 

Métie N.

Par Métie Navajo - Publié dans : barataria
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Lundi 18 septembre 2006 1 18 /09 /Sep /2006 18:29

PARIS SAINT-LAZARE-LES MUREAUX-MIROMESNIL

 

 

Ce qui est dur et raide accompagne la mort.

Ce qui est tendre et faible accompagne la vie.

 

Une nuit les voitures commencent à brûler.

Je me protège de la télé ; c’est la veille de la rentrée des classes. Je suis jeune professeur en établissement difficile en zone difficile, en plein cœur de la Zone tout court.

 

Ma mère m’appelle et me dit de faire attention, aux Mureaux… Faire attention à quoi.

La nuit les voitures continuent de brûler.

 

Rentrée. Je n’ai aucune envie de faire mes 1h30 de trajet pour aller au lycée. Rien à voir avec la peur. La lassitude et l’écœurement d’aller là bas parfois, où l’on ne peut rien faire que constater les dégâts et tenter de prévoir la détérioration à venir.

 

Les Mureaux sont situés au cœur de la vallée de la Seine, carrefour de communication à l’entrée de la Normandie et du Vexin. A 37 km de Paris, bénéficiant d’un accès direct à l’A13 et à proximité de l’A14, la situation géographique des Mureaux est un de ses atouts majeurs. La gare SNCF des Mureaux permet un accès direct à la gare Saint Lazare en 37 minutes. La moitié du territoire communal est recouvert d’espaces verts et vous pourrez bénéficier du cadre privilégié des bords de Seine... Code Postal : 78130 Distance de Paris : 37 km

 

Gare des Mureaux, quelques degrés de moins, habituel brouillard matinal sur la cité.

Dans le bus qui me balade une partie du chemin de la gare au lycée un petit vieux cherche à repérer des carcasses de voitures brûlées. Je ris jaune (intérieur).

Tout d’un coup il en voit une et la montre à sa femme, fier. Ils sont bien contents.

Tu vois, ici aussi ça a brûlé…

Les Mureaux restent les Mureaux… Bien sûr ici aussi ça a brûlé…

Je marche jusqu’au lycée. Marche quotidienne qui me fait longer le parc. Silhouettes fantomatiques des arbres dans le brouillard. Climat propice au fantastique me dis-je (car j’étudie des nouvelles fantastiques avec mes élèves de seconde).

Je marche.

 

Les Mureaux. Les premiers habitants s’établirent au bord de la Seine, environ 3000 ans avant notre ère et inhumèrent leurs morts dans une sépulture collective mégalithique, principal vestige de cette première agglomération. Un village gaulois puis un port fluvial gallo-romain lui succédèrent. Au Moyen-Âge, le village des Mureaux est un fief du comté de Meulan et dépend de la générosité de la comtesse, Agnès de Montfort, qui le dote d’une église et d’une maladrerie. Les rois capétiens résident dans leur hôtel de Beauséjour et au château des Mâcherus, tous deux disparus. Source : http://www.mairie-lesmureaux.fr

Lycée, salle de profs.

Le conseiller principal d’éducation raconte des histoires terribles, je l’entends de loin. Voix pleine qui transperce les murs de la salle fumeur, où je ne suis pas. Car, comme à mon habitude, peu consciencieuse, je prépare mes cours à la dernière minute… Des meutes promenant sur des pics des têtes. Comme les Apaches, ou les Navajos… A Mantes-la-jolie. Emeutes de ? j’ai déjà oublié, j’ai tant de mal à me rattacher au passé qui m’appartient et m’échappe ; le sous-passé qui se lit et se découvre par efforts successifs que je peine à fournir, paresseuse comme je suis.

 

Les élèves. Réguliers avec leur absence de culture, leur difficultés de langue, leur non-appartenance à l’histoire. Ils écrivent malgré tout mieux que ceux d’Issy-les-Moulineaux, comme quoi " les jeunes " et " les villes de banlieue " se valent sur certains points.

Salles des profs.

Rapport ; Bombes lacrymogènes et fumées à mon étage. Moi je n’en ai rien vu bien sûr.

 

Le soir, suite à l’agression d’un conducteur, j’attends le train longtemps. Beaucoup de monde sur le quai. Des femmes africaines en boubou attendent dans les escaliers. Il fait froid.

 

Je n’ose toujours pas regarder le journal télévisé. Les dépêches me satisfont amplement.

(Emeutes, violences, voitures brûlées, écoles, RACAILLE, bus, gymnases, photographe, homme, voitures, écoles, feu, KARSHER, DEPOT, feux, racailles…)

 

Tout cela a commencé avec les deux jeunes morts dans un groupe électrogène EDF

Combien de jeunes, combien de morts, combien de bavures (me dis-je…)

Les mots de Sarko. Cette qualité de langage qui le caractérise, qui lui fait trouver de subtiles images et métaphores, des expressions choc dont les Français raffolent, il le sait et peut donc s’en féliciter : " Il a une nouvelle fois employé les mots "Karcher" ou "racaille" estimant même que, "compte tenu d'un certain nombre d'individus", le vocable "racaille" était "sans doute un peu faible" " (dépêche AFP 20/11)

 

Ma famille aux USA s’inquiète et m’écrit. Rappel des émeutes de 65 à LA, échec et répression. Configuration peut-être similaire. Résultat similaire attendu.

Je découvre que les journaux américains se pourlèchent des violences françaises, bien sûr que la société française (aussi) va mal…

 

La nuit, les voitures brûlent, et le passé, et l’avenir…

 

Mureaux. Les hélicos tournent autour du lycée, au-dessus de nos têtes, en pleine journée. Agacement des élèves, de moi-même, exaspération. Les élèves de toute façon ne veulent rien savoir, ils se coupent avec fierté de leur passé (de soumission, d’esclave qui les rattrape malgré tout, comme moi…)

Nous sommes surveillés bien sûr, pour le bien de la nation.

 

Le proviseur nous demande de faire appel aux vieilles notions de respect et tolérance, mots vidés de leur sens à force de servir de matraque à la République. Je ne tiens aucun discours. Je préfère me taire. Les élèves ont envie que tout explose, naturellement, que leurs vies et leurs villes explosent.

Phénomène bizarre pour la saison, quelques guêpes pénètrent dans ma salle de classe. Peut-être remués par le brassage d’air des hélicoptères… Rires qui détendent les visages raidis par la colère.

Dans le parc à immigrés qu’est mon établissement polyvalent surtout professionnel, j’ai la chance d’avoir les classes les plus blanches et les moins remuantes. Les élèves qui, la nuit, ne vont pas forcément brûler des voitures. Issus des familles ouvrières plus anciennement établies, ou des villes du coin, après avoir transité par d’autres établissements ils sont arrivés ici. J’essaye d’interroger en silence l’absence de mémoire de ces adolescents. Leur vie doit être de la même qualité de merde que celle des élèves venus d’ailleurs, moins quelques humiliations quotidiennes, quelques discriminations, mais avec des soumissions en plus finalement, cet esprit de soumission acquis qui fait qu’ils n’ont plus besoin d’avancer à la trique

 

Explication sur la présence des hélicos : guet-apens tendu la veille par les jeunes aux flics. Depuis les toits de leurs immeubles ils balancent des ustensiles, du gros électroménager.

Une révolte électroménagère… si seulement ils voulaient bien jeter leur télé. Quelle génération. No past no future…

Moi aussi comme beaucoup je me lamente platement sur le fait qu’ils ne lisent pas, ne maîtrisent pas la lange, ne semblent pas capables de " dépasser " la violence pour construire un discours qui légitimerait la violence. Car l’histoire se fait dans la violence, mais la violence à elle-seule n’est pas l’histoire, du moins je crois…

 

La nuit les voitures brûlent. Feux qui illuminent de cité en cité les banlieues.

Feu qui se propage à l’intérieur de Paris assiégée, Paris entourée de ses banlieues cités,

et vers l’extérieur, la Province.

La France prend feu.

 

Je n’ose pas regarder la télévision.

 

Les jours et les nuits de feux crépitent, impuissance de la police, tension, haines qui augmentent. Pour ma part c’est juste, d’avance, l’écœurement et la lassitude.

Les gens me parlent avec des yeux inquiets.

 

Sarkozy en profite pour tout centrer sur la question de l’étranger qui doit cristalliser les haines des autres. Les étrangers en situation régulière pourront être renvoyés du territoire. Il y a, sur cette terre, des gens qui sont étrangers partout. Pour eux le monde s’ouvre et se referme, gigantesque prison…

Ils l’ont bien mérité en un sens, ingrats et irrespectueux comme ils le sont envers tout ce que leur a offert la république française, cette belle république, la France…

Je vois les vieux murs de la Santé se dresser à toutes les frontières… J’en tremble, le froid de la pierre sur la peau. Je lis aussi :

La Méditerranée, une mer de barbelés ? L'Europe, une forteresse ?

Et tout correspond.

 

L’état d’urgence et le couvre-feu sont le resserrement officiel, palpable et organisé de notre monde. Le meilleur savez-vous, c’est que d’après le grand sondage CSA, les Français sont aujourd’hui (20/11/05) bien satisfaits de tout cela :

 

PARIS (Reuters) - Après trois semaines de violences urbaines, une majorité de Français approuvent la fermeté montrée par le gouvernement et demande un renforcement du contrôle de l'immigration, selon un sondage de l'institut CSA publié par Le Parisien Dimanche.

Sur 957 personnes de plus de 18 ans interrogées le 16 novembre, 68% se déclare favorables à la prolongation pour trois mois de l'application de la loi de 1955 sur l'état d'urgence - prolongation votée la semaine passée par le Parlement.

Elles sont 56% à se dire favorables à une définition plus restrictive de l'application des règles du regroupement familial pour les travailleurs étrangers, dans lequel des dirigeants de droite ont dit ces derniers jours voir une des causes de la crise des banlieues (29% contre).

De même, 55% des sondés se déclarent favorables à l'expulsion des étrangers, même en situation régulière, condamnés pour violences urbaines (40% contre).

Selon Le Parisien, qui cite les résultats du sondage CSA, 48% des électeurs socialistes interrogés soutiennent cette mesure défendue par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy et rejoignent ainsi 75% des sympathisants de l'UMP et 82% de ceux du Front national.

 

Et :

Le Parisien tire de ce sondage la conclusion que "la France vire à droite"…

 

 

La nuit, les voitures brûlent moins, et surtout en province. Le danger s’éloigne de la capitale. On réprime plus facilement loin de Paris.

 

Les Mureaux. Un collègue me ramène à la gare en prenant un autre chemin que d’habitude, il ne tient pas à traverser le quartier des " Musiciens " en ce moment, la cité craint… Je suis bien d’accord… avec ou sans animations nocturnes, avec ses tours et ses bars, et malgré le Programme d’Initiative Communautaire URBAN lancé en 96 qui prévoit toute une liste de restructurations, de développements d’activités… (peut-être qu’il faut pour survivre savoir se satisfaire de peu, je ne sais pas, mais faut-il SURVIVRE ?), les Mureaux ça reste la ZONE…

 

D’ailleurs nous vivons dans LA ZONE, le monde entier est ZONE où l’exil est impossible. Mon esprit aussi devient une gigantesque ZONE.

Et cela sans même avoir regardé un seul journal télévisé pendant toute la durée des " événements ", car, comme d’habitude, ces actes de révoltes seront classés au vaste dossier " événements ", ce qui permet d’oublier très vite le référent… ce qui permet d’oublier très vite.

 

 

Hier, 19/11/2005, lors du meeting de l’ump, le ministre de l'intérieur a donc pu dire que "la République [était] de retour" dans les quartiers difficiles, et a attribué l'embrasement de ces trois dernières semaines à l'action de "démantèlement des bandes" menée depuis peu par les forces de l'ordre.

"La première cause du chômage, de la désespérance, de la violence dans les banlieues, ce n'est pas la crise économique, ce ne sont pas les discriminations, ce n'est pas l'échec de l'école. La première cause du désespoir dans les quartiers, c'est le trafic de drogue, la loi des bandes, la dictature de la peur et la démission de la République", a-t-il affirmé.(dépêche AFP 20/11).

 

Bien sûr notre ministre connaît les causes profondes du mal qui atteint et cherche à détruire le pays par le feu. La police victorieuse des trafiquants de drogue.

Si jamais les " voyous " eux-mêmes ne vivaient pas assez dans le monde fantasmé de Scarface, il est bon en effet que leur ministre leur rappelle quelles images héroïques ils doivent plaquer sur leurs vies minables.

 

Hier, vers 20h20, je sortais du métro Miromesnil pour aller voir le garçon dont les coins du sourire me plaisent tant. En remontant les escaliers je remarquai plusieurs jeunes hommes vêtus avec une élégance de mauvais goût (si je puis dire…), des jeunes hommes qui se ressemblaient, et je me fis bien sûr la remarque passablement sotte que ces bourgeois du 8ème arrondissement avaient tous le même air ampoulé… Arrivée à l’extérieur, peut-être pour les suivre quelques instants, je pris la rue de La Boétie dans le sens opposé à ma destination. Un rassemblement un peu plus loin dans la rue, une grande tente bleue dressée sur laquelle apparaissent les mots " mouvement populaire ". J’avance. Quel mouvement populaire ici dans le 8ème, rue de la servitude volontaire… ? C’est L’UMP, je n’avais pas pris la juste mesure du nom de ce parti… je me retrouve à traverser ce rassemblement populaire… me frayer un passage dans la foule… l’écœurement me submerge… Pourquoi ? tout ça est assez drôle finalement. Hier aux Mureaux, la nuit les voitures brûlent, ce soir prise dans le flot du Mouvement Populaire… j’arrive à en sortir. Je me dis quelques instants que je devrais rester, les regarder les écouter, attendre le cher Sarkozy et sa victoire…

 

Je fais demi-tour. La nuit mon cœur et mon courage brûlent. Le cœur et le courage sont une seule et même chose pour les Chevaliers. Je suis mon chemin vers le garçon dont les coins du sourire me plaisent tant et qui m’embrassait si maladroitement au bord de la mer, il y a deux semaines peut-être, à Trouville, sous une pluie froide et très fine… Les gouttes se fondent en larmes. Je me laisse fondre en moi-même. Il habite là, ici, dans le 8ème, un bel immeuble haussmanien dont il est fier. Son sourire va me réchauffer. Lui qui ce soir pourrait participer au Mouvement Populaire… Je suis non loin du Mouvement Populaire, mais surtout la servitude volontaire au cœur, je cède au sourire et je laisse brûler cœur et courage ou plutôt pourrir, fermenter. Tout en ayant l’air de défendre de belles causes. Je suis esclave de la facilité, de la chaleur, j’ai honte, mais pourquoi, tout ceci est très drôle finalement. Je suis raide et dure, tendre et faible, lâche surtout… Lâche dans tout le corps et l’esprit…

 

En naissant les hommes sont tendres et faibles

La mort les rend durs et raides

En naissant, les herbes et les arbres

Sont tendres et délicats

La mort les rend secs et maigres.

Ce qui est dur et raide accompagne la mort.

Ce qui est tendre et faible accompagne la vie.

LAO-TSEU

                                                                                                                      Métie N.

Par Métie Navajo - Publié dans : barataria
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Lundi 18 septembre 2006 1 18 /09 /Sep /2006 13:04
LA BELLE D’AVRIL (LES YEUX)


Il est jour encore je pars à la recherche de la Belle de Mai… (la Belle de mai, qui est la belle de mai je cherche la belle de mai…). Dans le bus le chauffeur demande aux femmes qui montent de payer leur voyage par une danse. Je suis assise à l’avant, il m’explique plusieurs fois mon chemin, mais pas qui est la belle de mai.

Rue de la belle de mai… qui est la belle de mai (me demandai-je…), c’est une petite belle de rue qui grimpe un peu, une femme noire avec la peau tachée, qui m’emmène là où je veux aller, moi, la parisienne, au théâtre en friche.
Elle m’y conduit et m’arrêtant devant le numéro de cette salle, j’ai déjà peut-être l’intuition qu’il ne s’agit pas de l’endroit, mais peut être de mon étoile. Il est jour encore je rentre, traverse un tout petit théâtre vide, me dirige vers la pièce du fond où des gens sont réunis, bières et pétards, petite fête, bons enfants. Je sais bien alors que je ne suis pas arrivée là où j’aurais dû, mais bien là
précisément
où j’aurais dû, car qu’est ce que je cherche… ? (si ce n’est la belle de mai)
Mais qu’est ce que je cherche ?
me demande un grand garçon au crâne brillant.
Je lui dis. Il répond mais surtout derrière lui une fille bière assise sur tabouret haut m’explique la nouvelle adresse de l’endroit, théâtre friche, belle de mai. Le grand crâne brillant me dit qu’il va y avoir ici même un spectacle de marionnettes, et qui sera bien (reste reste, tu devrais rester) de toute façon l’autre spectacle (sax poésie et vidéo, un spectacle pour la parisienne), avec mon retard, je l’ai raté…
La fille bière tabouret haut m’explique le chemin, je frétille gardon à l’intérieur (avril), il sera bien ce spectacle de marionnettes, j’aime beaucoup les marionnettes, et les choses en général, pourtant je me dirige presto vers la sortie, au passage de la porte je reconnais qui brille, derrière le dernier voile du jour, mon étoile, et mes jambes croisent, je suis de nouveau dans la salle bières et pétards.
Le crâne brillant ravi, ses yeux brillent aussi, va me chercher une bière. La fille pétard tabouret haut m’explique où je suis, dans une soirée privée d’un collectif d’associations, mais que je suis bienvenue, mais que c’est privé, mais que je peux rester, bienvenue. Une bière dans la main, je souris à mon étoile gardon, les gens dedans dehors s’agitent.
On me parle un peu, je parle peu. Est-ce que déjà mes yeux (comme ils sont ces yeux que j’ai, insolents, indécents…) se portent sur joli visage qui semble bien (le hâle) (la peau) et reçoivent en retour léger regard fugace, léger mouvement des commissures (pli). Hum… les pupilles frétillent.
Mais
parlons du spectacle de marionnettes (privé). Grand crâne brillant et fille pas mal à l’aise et jolies marionnettes bien vivantes et révolutionnaires. Une marionnette (la belle de mai ?) raconte l’histoire du couturier que tous traitent de TAPETTE ! et qui donc coud la bouche à tous et qui alors peut raconter la fin ? (J’aime bien cette histoire, les lèvres cousues.) Un chien du public aboie. Peut-être qu’il n’aime pas cette histoire parce qu’elle lui rappelle que parfois on emprisonne un peu de la sorte les gueules canines.
A la fin du spectacle je devrais peut-être partir mais je reste. Les voix ne dansent pas, mais sont celles d’errants. Dommage, j’aime bien les voix qui dansent.
Je bois. Je promène mes yeux sur l’assemblée, une ou deux fois ils retombent sur joli visage hâlé (la peau) (les dents), assis à un endroit. (Je crois qu’il attend).
D’autres me parlent, et beaucoup.
D’autres ne me parlent pas.
Crâne brillant tout émoustillé de son spectacle s’émerveille de me voir là encore, ce qui dit bien que sans doute j’aurais dû partir. Je reste. Fille pétard bio m’explique que dans toute soirée (privée) il faut garder la place du voyageur. Je suis le voyageur. C’est bien, mon étoile,  il faudrait que j’aie toujours quelque part RESERVEE, ma place du voyageur.
Mes yeux un peu saouls sur l’assemblée, d’autres me voient, mais ceux que je voudrais, je ne sais pas.
Joli visage (le hâle, la peau, les dents).
On reste à côté pendant que le temps soirée guitare bières pétards bio s’égrène. Et puis quand il n’est pas si tard mais l’heure de partir il me propose d’aller rejoindre verres et potes sur le cours Julien (mais la belle de mai… ?). Je n’ai pas envie de verres et potes, mais de lui peut-être. La fille pétard bio m’explique je crois, avec quelques regards, qu’elle n’est pas contente de moi. J’aurais sans doute dû débarrasser la table de la soirée (privée) plutôt que de voler un garçon errant (privé). Tant pis.
Nuit.
Nuit, la lune devant nous est pleine, phosphorescente. Nous marchons parlons, il fabrique des meubles de l’intérieur avec des matériaux de l’extérieur, il gravit les montagnes.
J’aime assez, nous marchons dans la nuit passage le long des voies rails tunnels ouf les rails compagnons de la nuit les rues comme la nuit est douce o toute douce, la nuit-
Nous ne trouvons pas la belle de mai ni verres et potes ; dommage. Je me mets à guider. Un pub bien crade où de VRAIS marseillais suivent bourrés un concert du VRAI Johny Halliday sur énormental écran, un de ces écrans gigantesques plats qu’on trouve maintenant dans tous bars luxe et miteux, et qui fait je ne sais pas pourquoi que tous ces bars luxe et miteux ont l’air bien sale. Bières blanches et jaunes au fort goût de produit vaisselle, nous rions.
C’est la tyrannie des jambes et des pieds, (c’est incroyable d’avoir des pieds et de marcher !), je veux juste aller. Il me suit et marmonne parfois quelle belle rencontre… (je ne réponds pas). Une belle rencontre la belle nuit d’avril, moi je parle de l’ébahissement devant la mer. Il me parle de l’ébahissement devant la mer. Nous montons vers un fort enveloppons le vieux port du bonheur de nos yeux. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit… La nuit avance, très idéale. D’avoir parlé de la mer j’ai très envie d’elle de près et surtout de son bruit. Je guide vers les anses. Il me dit que je ne peux pas partir sans avoir vu les VRAIES calanques ; lui il gravit, et demain il m’emmènera, et même sans maillot de bain je me baignerai dans la mer, et c’est vraiment une belle rencontre ; je ne tourne plus jamais les yeux vers lui car je sais que sans cesse ils me suivent m’attendent pour m’attraper, c’est leur tour… nous marchons les mouettes geignent et ricanent près et loin de nous. Il est bientôt 3 ou 5 heures du matin. La nuit avance nous marchons sur la corniche.

Tout à coup Ciel la grande affiche de Zidane
a disparu et nous sommes vraisemblablement les premiers témoins du crime. Mais nous n’allons pas déposer, mais descendons à L’anse de Malmousque, celle où déjà de jour, j’avais tant entendu la mer… je l’y conduis. Je l’aime bien mon compagnon, il est parfait dans cette nuit.
Mal assis sur les rochers coupants. Le bruit de l’eau (le bruit de l’eau lui dis-je, car c’est cela) et la lune au-dessus de nous est pleine phosphorescente, d’un éclat incroyable comme si elle brillait derrière un voile transparent. D’un éclat vaporeux. La voie qu’elle trace dans l’eau. C’est donc la belle d’avril. Il parle aussi de la Bonne Mère qui veille sur le port, mais moi cette Dame, je ne la trouve pas belle ni même réconfortante, je la trouve militaire, plantée au dessus de sa basilique.
Nous avons les errances à la bouche. Mon compagnon de nuit est un voyageur. Je devine que son corps est tout fin mais solide. Et dur. Il gravit. Je peux le briser entre mes jambes, émietter ses os, poudre. Je ne tourne pas mes yeux vers lui ça l’enrage je le sais, car il attend de les attraper. Mais moi, est-ce que j’ai envie d’autre chose que de ce moment là, précisément idéal, lumineux dans le bruit noir de l’eau, sous la lune, la peau et les muscles endoloris, les joues doucement fouettées par le vent…
Je le laisse se dépêtrer dans sa situation. Avec le bruit de l’eau le temps ne passe pas je crois, nous sommes mal assis dans les rochers et nous n’avons pas froid. L’un contre l’autre sous l’aile de la nuit. La belle d’avril. Et puis il se lance, choisit les mots plutôt que le geste. J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui choisissent les mots, car moi je suis incapable de prononcer ces mots là. Je ne sais pas y répondre non plus, je souris et me débats à mon tour dans la situation. Nous empêtrons nos maladresses c’est mignon en cherchant un chemin l’un vers l’autre et finalement les bras, les corps,
et les bouches.
Hum...
Sa bouche est très bonne. Ses lèvres sont épaisses et tendres, avec le goût du sel. Hum. Sa bouche est très chaude dedans. Nos bouches s’entendent, je ne pensais pas, et il ne se retire pas, il reste, il n’a pas peur d’embrasser longtemps (les lèvres chaudes des adolescentes).

Hum. Le désir gravit. La lune, phosphorescente.
Les mouettes ricanent de notre situation idéale. Nous restons mal assis corps endoloris dans la nuit silence, enfin, le vrai silence, rempli du bruit de l’eau. Morceaux de nos corps sur les rochers coupants, lambeaux arrachés pendant l’amour, le sexe dans la douleur ensanglantée des chairs qui se déchirent déchiquettent sur les couteaux rochers. Il faut pénétrer la nuit (me dis-je).
Les mouettes voient du sang dans les vaguelettes. Taches sombres dans l’eau noire. 

Les lèvres chaudes jusqu’à repartir mais une fois debout finit quelque chose car nos corps éloignés se livrent au froid, à la faim aussi, à la fatigue. Nous trouvons encore le bruit de la mer à écouter, de très jolies choses à regarder très laides aussi. Tout à coup la nuit ne va  t-elle pas finir ? une angoisse de petit garçon...  La nuit est si noire, la lune est si haute. Mais les premiers chants des oiseaux, nous ne sommes pas loin du début du jour, marchons jusqu’au jour (lui dis-je), je le caresse de mots et ainsi remontons sur la corniche, les premières lumières des hommes,
le rassurent.
Nous sommes tous deux pris de cette faim très violente des marcheurs au petit matin. Et rien encore n’est là, le monde coquillage ne s’ouvre pas encore à nous, étrangers de la nuit. Nous avançons et miracle, au tournant d’une rue, lumières éclatantes de deux boulangeries ! Nous allons à la première, choisissons la deuxième, LE PECHE MIGNON (la belle de mai ?)… et trouvons, caverne d’ali baba, des extraordinaires trésors extraordinaires, il faut que je vous dise, compagnons des aubes, des VRAIS croissants dont les extrémités sont recouvertes de VRAI chocolat. Hum... C’est Pâques…
JESUS NOUS GÂTE !
Nous dévorons et avec les croissants au chocolat
fond la mauvaise humeur finit
la nuit idéale…(la lune, la lune, tandis que je ne regardais pas, la belle phosphorescente d’avril s’est échappée…)
(je ne mords pas à pleine bouche dans sa bouche pleine chocolat trouver retrouver le goût de sel sous la langue croquée chocolat à pleines dents sous le sel, moi qui ai pourtant
la bouche si
sucrée.)
Nous buvons encore un café gigantesque et quand finalement il demande s’il peut monter avec moi en haut de la colline d’Endoume passer un moment
avec moi, la belle de mai… (je mens, je mens, mais n’aurait-il pas dû m’appeler la belle de mai, ou d’avril…n’aurais-je pas dû lui souffler… ?)
bien sûr je dis le Oui des femmes car à la question de savoir si je comptais revenir, j’avais baissé les yeux ; bien sûr je dis oui car surtout j’ai du désir logé dans le ventre.

En haut de la colline nous baisons dans la fatigue du matin. Il est grand jour, nous baisons du bout des corps. Son corps est fil dur, sa bouche est bonne, il est si fin, je peux le briser entre mes jambes… C’est doux et gentil. Le compagnon de Marseille. Il propose encore la  journée, ln soir encore, mais que ferai-je d'encore une journée, toute une nuit, moi qui n’ai pas trouvé la belle de mai… Est-ce qu’il voit tout cela dans mes yeux, et l’errance, et l’étoile. Nous nous quittons en haut de la colline d’Endoume, dans un vague sourire.

C’est le lendemain que la Parisienne est emplie d’une joie si triste en descendant la colline. Si triste de rentrer alors qu’elle aime tellement chaque pas qu’elle fait dans chaque lacet de rue… Ses pas la ramènent à Malmousque. Sur un banc en face de l’eau elle s’allonge, le grand Soleil n’est pas là, les yeux clos. Elle les ouvre et tombe dans un regard bleu… Elle ne tombe pas du banc. Ce regard reste comme ça bleu, papillon, et puis tout le visage s’ouvre en un extraordinaire sourire. Elle ne tombe pas du banc. Elle n’a pas le temps de sourire en retour que le regard bleu déjà s’envole
s’est envolé… O…
Elle marche. Un peu plus loin, dans une rue étroite, une moto passe et s’arrête quelques mètres devant elle. Le conducteur se retourne la reconnaît et encore de ses yeux… Et il sourit encore (je meurs, je meurs) et il repart. Le bruit de l’eau
apaise à peine sa peine car son cœur est triste si- … O… infiniment…
le regard bleu est parti et pourquoi ne pas l’avoir emmenée O ces regards tous ces regards ces yeux qu’ils ont
j’aurais voulu les boire et les casser
comme ils sont
j’aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaives
et j’aurais voulu broyer tous les os
comme ils sont
et arracher toutes les langues
et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les
regards
qui m’affolent
(qui m’affolent.)

grands…
(on y voit le monde)


(qui est la Belle de mai ? Je ne l’ai trouvée en haut ni en bas d’aucune colline et la Mère supérieure dinguedongue de toutes ses forces et couvre un temps
-
le bruit de l’eau.)

Métie N.
Par Métie Navajo - Publié dans : barataria
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Lundi 18 septembre 2006 1 18 /09 /Sep /2006 13:03
Fly somewhere else


Le Four des navettes, la plus vieille boulangerie de Marseille. En face d’un petit restaurant cambodgien. De longs biscuits secs parfumés à la fleur d’oranger, vaguement écœurants,  et pourtant j’ai la bouche sucrée.
La mer magnifique et bleue m’apporte le bonheur aux yeux. Je marche et le Mistral m’arrache la peau du visage (plus de peau sur les os) (squelette). Je quitte le sol, j’ai cru m’envoler, c’est la ville du grand vent.
 
Il fait froid c’est l’hiver et je cours dans Paris. L’air très froid brûle mes poumons cendriers que j’ai rempli la nuit dernière sans sommeil de la fumée de paquets de cigarettes. Je cours dans Paris, spectatrice transparente du jour qui s’installe, l’heure des poubelles. C’est une belle heure. Le soleil, s’il a daigné sortir, est haut déjà, éblouit les trottoirs mouillés. Je cours et les gens me regardent ou pas, moi je regarde le lent déplacement de la ville… Les éboueurs sourient de ma course, ils sont noirs le plus souvent, je dis ça parce qu’hier à Marseille, l’heure des poubelles du soir, les éboueurs se faisaient des passes de volley avec les sacs. Je n’ai eu envie qu’un instant de voir un sac exploser et dégueuler les ordures sur leurs gueules. En tout cas ces éboueurs étaient blancs… comme vous et moi…

Je cours et il s’agit je crois de me tuer et de me renaître d’un même mouvement, pourtant je suis immobile, pourtant je suis à chaque instant en vie.

A part les éboueurs, personne ne me voit.

Je me raidis. Il faut partir à nouveau, un mouvement, une fuite en avant que je transforme en marche… ou peut-être est-ce : ma chute en avant, je la transforme en marche…

Pour moi coureuse infatigable du monde et de moi-même dans l’univers, c’est un premier voyage en Asie. J’emmène mon corps que je déteste, en entier il faut le prendre, dommage qu’on ne puisse en arracher un morceau et je sais pas manger le reste, je déteste le goût de ma chair. Garder les pieds. Je pourrai par exemple garder les pieds. Les pieds servent à quitter Paris la banlieue et la périphérie morose des sentiments. Les pieds m’emmènent jusqu’à l’avion, à côté de moi pas de beau garçon mais une petite vietnamienne fort polie qui mange consciencieusement
toutes les deux heures
des nouilles instantanées aux crevettes.
(FAIRE L’AMOUR EN PRISONNIERE)

c’est mauvais signe ou non ?
J’écris à ce moment, dans l’avion et durant tout le voyage, encore maintenant, toit de Marseille, sur un véritable authentique carnet de voyage, authentiquement rapporté de l’Inde aux 1000 merveilles par un camarade martial. Un véritable authentique carnet de voyage comme je n’en ai jamais eu, avec couverture peau de chameau imprimé chameau, cordelette, papier épais incrusté de fleurs séchées. Voilà garantie d’écrire comme les véritables écrivains voyageurs d’antan qui parcouraient le monde de leur pesante mélancolie européenne TOUT A FAIT COMME MOI, qui avaient tous de ces petits chameaux à fleurs… La plume de mon bic attache mal sur ce papier trop épais et dérape sur les pétales, j’écris mal et trop gros, il est aussi trop joli pour ce que j’ai à y noter. Mais je le garde parce qu’il ne me va pas.
Je pars et partant je me défige et m’ôte aux mêmes regards des mêmes autres qui me tuent (qui me tuent, elle défunte nue en le miroir, encor que dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe…)
statue immobile
et de pierre (car je deviens dure)
il faut exister en mouvement, neuve de regards, vierge dans les regards dans cette conquête permanente qui est effacement de soi… TRANSPARENCE et bien sûr DISPARITION
et
se laisser absorber avaler par le monde
Dans cet évanouissement je sens tout à coup que je-
(exister)

L’amant martial par exemple n’est-il pas raide, de corps comme d’esprit ? Par la haine et le ressentiment…J’aime bien ça en lui, le squelette, les os saillants, les muscles secs et durs, l’esprit solide et les idées coupantes… mais les yeux sont creux l’on voit dedans le crâne,
il a peu de douceur.

Disparition du jour et de la nuit dans un voyage sans sommeil à regarder une crevette avaler des nouilles. L’instant d’après je me heurte les oreilles à des cailloux vietnamiens c’est à dire essaye de trouver le repos dans le laps de temps qui sépare le hurlement vietnamien pour l’embarquement du hurlement chinois du hurlement anglais. Comme l’Asie est sonore… me dis-je et j’ai sans doute les tympans bien sensibles, je découvre qu’une langue tonale est une langue où chaque son a une vie en soi et danse son rythme… Les sons viennent et reviennent, avalés ravalés, recrachés parfois vomis, parfois drôles comme le KOK de Bangkok qui projeté des lèvres toutes fines mais puissantes d’une hôtesse d’aéroport s’élève très haut sur la corde des airs funambule et pitre, virevolte un temps puis meurt
tout net.
Evanouissement de KOK dans les airs. Embarquement immédiat. D’autres encore sont doux, d’autres sont hostiles. Je suis sur le toit de Marseille et une mouette ne cesse de ricaner de ce que j’écris, c’est la même sans doute qui ricanait l’autre soir quand je saluais le soleil de quelques mouvements à peine martiaux…
(Je suis en Asie et la danse des tons m’empêche de dormir. KOK KOK.)
Je suis en Asie ( kok kok) ça y est
(les mots et les sons tournent dans l’air la nuit quel vertige quel vertige)
(pas de mélancolie)
(pas de mélancolie)

Le Cambodge sourit à mes premiers pas sur son sol, il me reconnaît du sang indien, autant dire du sang khmer, autant dire une amie de la famille. L’air est chaud, assez humide, je suis fatiguée et j’aime le pays seule seule seule (c’est toujours le grand bonheur un peu inquiétant de la solitude, que ce bonheur soit si seul si grand). Le vrai mouvement commence, grisée de voyage, mes pieds me portent et j’oublie mon corps. Dans le bus un duo comique hurle ses bouffonneries à la télé, les gens rient, mon voisin a les jambes empêtrées dans les miennes, je l’aime bien, il est joli garçon, la route défile. Il ressemble à mon médecin de la rue Pernety, il porte comme lui une chemise blanche éclatante, la vieille dame au crâne rasée m’apprend à dire OUI. Savez-vous, en Khmer les femmes ne disent pas OUI comme les hommes… (le OUI de la femme est-il plus grand plus ouvert, ou au contraire tout petit ?)
(faire l’amour en prisonnière)
Enfin seule, espaces et temps. Aux arrêts les enfants chargés de fruits mais les animaux disent mieux la misère, peaux pendantes de gangrène et yeux vitreux, fermentent doucement sous le soleil, puent. La misère des bêtes. La misère pue, on la sent bien plus fort qu’on ne la voit et comment détourner les narines, et de toute façon aux images on est habitué, comment fuir l’odeur. Les chiens pauvres ont une haleine terrible…
Mon compagnon de route je me souviens de lui.
Parfois la misère saute à la gueule.
Parfois la misère flotte, les enfants pirates mendient sur l’eau dans la lumière dorée du soleil couchant, le village flotte… Chemin doré puis rose, la voie du ciel sur l’eau, scintillements d’or les enfants pirates mendient sur la voie rose du ciel, la lumière flotte.
Parfois la misère colle, c’est la sensation dégoûtante de la chair froide contre ma peau, je me retourne ce sont les deux moignons de bras de celui corps mutilé par une mine. Cette chair est dure. Cette chair est terriblement dure.
Grisée de km et de mouvements et de solitude non appartenance je pense un instant à l’amant martial… sa passion pour le Viêt-nam… L’absurdité de ce grand corps musculeux et blanc au milieu des petits êtres foncés par le soleil… Ils partagent pourtant certaine dureté. L’amant martial s’enfonce dans les eaux. La solitude flotte.

Et puis c’est la nuit.
Je bois une bière. J’ai la compagnie blonde d’un canadien mignon mais que je n’embrasse pas, je sais pas pourquoi, j’ai un vague désir de lui, sa blondeur. Nous nous embrassons très tendrement les joues.
Et puis c’est la nuit
(seule)
(faire l’amour en prisonnière)
terrible contre laquelle on se débat. Cris de coqs sans écho, animal qu’on torture, cris d’une machine, du fer, bain de sang, je sauve quelqu’un qui ne m’est pas reconnaissant.
Au matin peut-être devrais-je me marier avec le blond canadien car mon bonheur est ailleurs de moi.

Je devrais parler des temples du temps des temples du non temps des temples de leur silence parfois qui me ferme les yeux et je m’évanouis dans le temps oh… je ne dors pas mais pèse le temps dans sa consistance et sa légèreté si douce Moments brûlants sur la pierre où j’essaye de ne faire des temps qu’un seul moment de l’univers où je suis, là, moi, justement, maintenant… Rythme lent, presque non mu, qui bat en profondeur et loin en soi sons cambodgiens aigus et lancinants qui grincent agacent et apaisent en même temps l’esprit et le cœur.

Et au sortir de chaque temple il y a la misère qui crie
(LADY LADY
HELLO LADY
HELLO LADY
D YOU WANNA DRINK
D YOU WANNA EAT
D YOU WANNA BUY SOMETING
D YOU WANNA BUY
SOMETING
LADY)

Les cris des femmes Chœur de femmes presque bacchantes quand la nuit va tomber hystérique, HELLO HELLO angoisse LADY angoisse des derniers instants HELLO LADY du jours HELLO un passage à travers les cris.

Ce sont les cris des femmes qui me poursuivent la nuit. La douleur des Khmers est silencieuse pourtant.

Les km avalés à l’arrière de la moto bike, espaces, paysages traversés étendues vertes forêts étendues cultivées villages routes avalées défilent devant et derrière les pensées rapides se succèdent au contre-rythme de ce pays, de la toute lente campagne. Je traverse leur temps…
les gens marchent de leur pas digne
travaillent
attendent
attendent
tout est doucement
je crois qu’alors je fuis l’espace et me jette en avant, suis pur mouvement moment, changement continuel et permanence
même et autre être et toujours non être en même temps. Je n’ai même plus peur de disparaître.
(je n’ai même plus peur ?)
Et je pense à  :
le reflet de la lune dans la rivière est toujours en mouvement. Cependant, la lune existe et ne s’en va pas. Elle reste mais elle bouge.
(bien sûr je mens, c’est plus tard que je lis ça)
et
pas bouger, pas bouger, cela signifie en fait ne pas rester sur une pensée, laisser passer les pensées. Demeurer en parfaite stabilité signifie en fait ne pas demeurer. Ne pas bouger signifie en réalité bouger.
 (et de lire ça m’emplit d’un bonheur intense, je suis dans le métro, et si pleine de bonheur)

Chaque instant s’envole pétarade Asie lenteur et vite silence parfois épais ma peau chauffe au soleil je suis grisée de tout ce vent  et riche de l’univers.

Sur le toit de Marseille je me souviens avoir eu en Asie mal au poignet d’essayer de figer tout cela frénétique sur mon carnet aux fleurs séchées où la plume du bic glisse et dérape.

KOK KOK. Des Français viennent se coller à moi, ma mauvaise humeur augmente.
Je ne me souviens pas du retour. Je crois avoir avalé des nouilles. Je ne me souviens pas d’avoir en rentrant aimé ma vie.
Dans le métro il y avait
        (Ne pas bouger signifie en réalité bouger)

mais il y avait aussi
        (faire l’amour en prisonnière)

et la périphérie morose des sentiments.

alors je suis allée sur le toit de Marseille où les mouettes sont moqueuses où la mer avec sa beauté saute aux yeux et donne aux lèvres la peau un goût.

Et mes pieds…

C’est incroyable d’avoir des pieds et de marcher.

Comprenez moi, je veux dire :

C’EST INCROYABLE D’AVOIR DES PIEDS ET DE MARCHER.






What if you could be anything you wanted ?
I’d be a cowboy.
Really ?
The boy looked at him with disgust. Shit no, he said. What’s wrong with you ? I’d be a rico and lay around on my ass all day. What do you thing ?
What if you had to do something ?
I don’t know. Maybe a airplane pilot.
Yeah ?
Sure. I’d fly everywhere.
What would you do when you got there ?
Fly somewhere else.
                                    Cities of the Plain

Métie N.
Par Métie Navajo - Publié dans : barataria
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