Au milieu des gens, dans le silence fracassant qui rend sourd leur vacuité envahissante prise dans leurs griffes molles je m'habitue à
disparaître du moins à ne pas être sinon étouffée soudain on m'appelle et
je parle à quelqu'un
(...)
Moi qui souffre de la gorge de toutes ces paroles à prononcer je ne parle pas mais les lèvres sans cesse remuent et tout à coup au téléphone je m'entends
dire exactement
ça faisait longtemps que je n'avais pas parlé à quelqu'un...
De ces joies tristes.
Je prends une grande inspiration, je gonfle mes poumons ainsi je vis jusqu'au soir soir savoure quelques lignes de H jusqu'à tomber avalanche dans le sommeil
profond et encore jusqu'au matin avant d'affronter la journée j'ouvre au hasard un ancien compagnon corné jauni et pourtant gai
et je lis :
Dans la solitude.- Quand on vit seul, on ne parle pas trop haut, pas plus qu'on n'écrit trop haut, car on
craint la creuse résonance - la critique de la nymphe Echo. - Et toutes les voix résonnent autrement dans la solitude!
Je déjeûne à la table des enfants c'est la seule où parfois quelque chose se dit. A me parle de la Dame Blanche J inquiet c'est vrai qu'elle apparaît la Dame Blanche quand on
l'appelle face au miroir je lui dis oui bien sûr elle vient de toute façon dit A et il n'y a quà appeler la dame noire qui l'empêche de mal agir, le yin et le yang
(!), et la dame rouge rouge de quoi rouge de tout ce sang... M. me raconte son voyage à New York le plus grand magasin Disney du monde et ses parents lui disent achète ce
que tu veux il est fou de joie se met à chercher car tu sais il aime acheter, lui tu sais il adore acheter et avoir des choses mais là il a rien acheté il a rien pu acheter il a jamais
pu choisir tu sais il y avait TROP DE CHOSES... Plus tard j'aperçois A. avec copains qui jouent PSII il regarde l'orage sous le porche c'est quoi déjà le nom du dieu du soleil de la
lumière c'est quoi déjà il se souvient plus tais-toi donc lui dit l'animateur c'est à dire l'adulte tu nous fatigues avec tes questions je lui souffle en passant Apollon il
crie AH OUI APOLLON APOLLON...
(une invocation)
(la pluie s'abat la foudre aveugle magnifique et terrifiant orage de montagne comme lui j'ai envie d'aller courir sous les trombes d'eau)
Dans le livre j'ai trouvé marque page une carte postale de Casablanca sans écriture décor de maisons et immeubles blancs accumulés pauvres feuilles d'un palmier vert au-dessus
des paraboles et, dominant la ville, la gigantesque dame Mosquée Hassan II qui, on ne le voit pas mais je le sais, flotte sur la mer.
Je ne m'échappe pas. Aucun souvenir ne me relie à cette image, à cette ville. Ou plutôt, un souvenir sans sentiment.
(Pensées.- Les pensées sont les ombres de nos sentiments - toujours obscures, plus vides, plus simples que ceux-ci.)
Hier je me suis enfuie courte fugue d'adolescente que les adolescents ne tentent même pas par manque d'imagination de fantaisie j'ai traversé les ronces et orties par le bruit et l'odeur
guidée sali mes chaussures mon pantalon piqûres aux bras enfin je l'ai trouvée, la fameuse, celle que j'entends chantonner à tout moment journée et nuit quand par miracle j'entends
quelque chose au milieu du vacarme...
Devant mes yeux et mes pieds le filet clair sautillant sur les cailloux, glissant sous la caresse des branches.
Il y a à s'émerveiller d'une rivière.
Petit bruit de l'eau aux oreilles, gouttes de soleil sur mon visage, une gaiété tendre coule dans mes mains, je l'attrape et la tourne vers d'autres lieux et esprits
-je me sens bien et souris dans l'angoisse du bien qui ne dure pas, dans l'angoisse donc, de la durée.-
J'écris dans mon bureau oui j'ai un bureau c'est une autre fugue on m'emmène quelqu'un par l'oreille évidemment c'est A il faisait encore le gogol au lieu de
faire bien comme il faut son sketch d'animateur télé (...). Je l'asseois sans bien savoir quoi lui dire si ce n'est de m'écrire l'histoire de la Dame Blanche sans rechigner il commence, ses
petits yeux vifs baissés vers le papier, le bruit lisse du stylo couvert par le bruit des touches du clavier.
A., 9 ans, écrit l'histoire de la Dame Blanche, moi, sans âge depuis longtemps, j'écris l'histoire de A et moi écrivant dans un bureau où entre le soleil (scène).
La petite musique (la petite musique, la petite musique...)
- ou est-ce la Dame Blanche?-
par notes
petit à petit
revient
se retire
et
dans le creux laisse
des sentiments.

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