(Plutôt que de fuir la France, Paris et la Culture...)

Coucher de soleil rose éblouissant entre les deux tours de Notre-Dame. Pont d'Austerlitz, je regarde la grosse boule descendre, l'écho de ses rayons sur les
immeubles modernes, sur la Seine.
J'écris en marchant, en pédalant, il fait doux, l'écho des rayons sur moi : j'irradie de nouveau et vois de belles personnes, le monde sous mes yeux se transforme, ses cruelles laideurs ne
s'enfoncent plus en ma grisaille intérieure, les yeux autres me regardent, me sourient... Dans mon ventre grossit la petite boule chaude du désir.
(j'ai encore joie de vivre? mais combien de temps...?
140 ans peut-être...)
(140 ans d'enfant fou andalou).
Je vis dans un Etat nazi. Le contrôle des marchandises humaines, la surveillance, une voiture sur quatre (je ne m'abaisserai pas à d'exactes statistiques...) dans mon paysage est policière. Sans
parler des corps. Sans parler des esprits.
(caméras, surveillance, fouilles, contrôles, pass puces bancaires et téléphoniques, ô la pulpe de mes petits doigts et ma rétine capturée... )
Je me sépare de l'état nazi et regarde l'Histoire... (Je comprends l'histoire comme je comprends la géographie, en m'y déplaçant...): elle se marre (l'âpre comédie....)
Pont d'Austerlitz. Eblouissement rose entre deux tours. J'aime l'indignation à hauts cris, le courage, j'aime la tendresse de mes interstices (Little Emily et Alice les appellent bulles -bonheur
fragile-... qui à quelque déchirure du vent éclatent en un petit pop léger...) L'heure d'été rendue le soleil s'étire à l'infini, ma solitude se gonfle de
bonheur, je me dis à quoi ça tient hein, hier je me recroquevillais dans le gris, les cruelles laideurs du monde me bouffaient tout l'estomac, aujourd'hui
je rayonne, je joue avec ces instants sont si rares et nombreux, bientôt finis et infiniment à disposition, flottants quelque part, prêts, sous la déchirure de l'hiver; à éclater en
un pop léger...
je ris, de mes angoisses, de mes rires, alors je découvre qu'ullas (ullasati) ne veut pas seulement dire briller et
irradier; pas seulement se manifester, apparaître (!) mais aussi
danser; jouer et être joyeux...
j'en suis émue.
Danse des mots et de la vie,
mon bonheur rouge descend entre deux tours, énorme, au vu de tous, sans que personne n'essaye de me l'ôter
sans que personne n'ose même
le regarder.
(Nuit.) Nuit.
Dans Ka Roberto Calasso écrit à l'intérieur de la mythologie indienne. Narration qui se déroule dans la grande demeure du temps, l'espace intermédiaire ouvert par Ka, à la recherche de Ka (Qui?)
(Ka est Prajapati
Prajapati sentait qu’il avait un compagnon, un être second… à l’intérieur de lui. C’était une femme, Vac, la Parole. Il l’émit. La regarda. Vac « remonta comme un flux continu d’eaux. ». C’était une colonne liquide, sans début ni fin. Prajapati s’unit à elle. Il la brisa en 3 parties. 3 sons sortirent de sa gorge, dans l’élan amoureux : a, ka ; ho. A fut la terre, ka l’espace intermédiaire, ho le ciel. Avec ces 3 syllabes le discontinu faisait irruption dans l’existence.
Ka est K.
Prajapati garda toujours un lien avec ce qui n’a pas de nom, de forme, d’identité. Ils ne voulurent l’appeler que Seigneur des Créatures. P – et même ce nom là était trop défini. Derrière le nom secret était Ka- Qui ? et c’est ainsi qu’ils l’invoquaient. Prajapati étaient aux dieux comme le K… de Kafka était aux pers de Balzac et de Tolstoï.
-Ka est le dieu qui nous manque aujourd'hui...?-)
Il y a une tête de cheval qui roule le long de la surface du firmament : c’est le soleil.
Il y a une tête de cheval qui roule sur la terre : c’est le vase de la douceur.
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