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AUJOURDHUI dans le salon


Aujourd'hui j'ai un blog.
(il y a aussi aujourd'hui un énorme canapé bleu dans le salon).
Sur le blog il y a des feuilles de voyage.
(Sur le canapé bleu, des corps ou des absences de corps).
Rien qui clignote rien qui brille. Pas de fleurs.
Rien de très sérieux.

A votre disposition aujourd'hui:
des mots. Souvent de moi, parfois des autres, dans tous les ordres...
un énorme canapé bleu.


Métie N.
Dimanche 21 juin 2009



N. S. et C. B. reçoivent  dans les jardins du Palais de l'Elysée où la Garde Républicaine et divers groupes interprètent des airs de variété française, du swing, du jazz, de la musique tzigane et de la musique antillaise.

(Plutôt que de fuir la France, Paris et la Culture...)



Par Métie Navajo
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Lundi 1 juin 2009



Coucher de soleil rose éblouissant entre les deux tours de Notre-Dame. Pont d'Austerlitz, je regarde la grosse boule descendre, l'écho de ses rayons sur les immeubles modernes, sur la Seine.

J'écris en marchant, en pédalant, il fait doux, l'écho des rayons sur moi  : j'irradie de nouveau et vois de belles personnes, le monde sous mes yeux se transforme, ses cruelles laideurs ne s'enfoncent plus en ma grisaille intérieure, les yeux autres me regardent, me sourient... Dans mon ventre grossit la petite boule chaude du désir.


(j'ai encore joie de vivre? mais combien de temps...?

140 ans peut-être...)

(140 ans d'enfant fou andalou).

Je vis dans un Etat nazi. Le contrôle des marchandises humaines, la surveillance, une voiture sur quatre (je ne m'abaisserai pas à d'exactes statistiques...) dans mon paysage est policière. Sans parler des corps. Sans parler des esprits.


(caméras, surveillance, fouilles, contrôles, pass puces bancaires et téléphoniques, ô la pulpe de mes petits doigts et ma rétine capturée... )



Je me sépare de l'état nazi et regarde l'Histoire... (Je comprends l'histoire comme je comprends la géographie, en m'y déplaçant...): elle se marre (l'âpre comédie....)

Pont d'Austerlitz. Eblouissement rose entre deux tours. J'aime l'indignation à hauts cris, le courage, j'aime la tendresse de mes interstices (Little Emily et Alice les appellent bulles -bonheur fragile-... qui à quelque déchirure du vent éclatent en un petit pop léger...) L'heure d'été rendue le soleil s'étire à l'infini, ma solitude se gonfle de bonheur, je me dis à quoi ça tient hein, hier je me recroquevillais dans le gris, les cruelles laideurs du monde me bouffaient tout l'estomac, aujourd'hui

je rayonne,  je joue avec ces instants sont si rares et nombreux, bientôt finis et infiniment à disposition, flottants quelque part, prêts, sous la déchirure de l'hiver; à éclater en
un pop léger...

je ris, de mes angoisses, de mes rires, alors je découvre qu'
ullas (ullasati) ne veut pas seulement dire briller et irradier; pas seulement se manifester, apparaître (!) mais aussi
danser; jouer et être joyeux...
j'en suis émue.

Danse des mots et de la vie,
mon bonheur rouge descend entre deux tours, énorme, au vu de tous, sans que personne n'essaye de me l'ôter
sans que personne n'ose même
le regarder.

 

 

Par Métie Navajo - Publié dans : journal parisien
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Dimanche 31 mai 2009











(Nuit.) Nuit.

22h54 Vitry sur Seine
un fou andalou :
- Quand je te vois je ne vais quand même pas te dire "beauté" ou "ma jolie" comme tout le monde...?  je vais t'appeler "préciosité" (preciosa preciosita) pour faire original, ça te va?
- Très bien!
- Tu sais toi, tu ne vieillis pas, je te vois, tu es toujours comme une enfant, tu vivras sans doute 140 ans, tu resteras toujours comme une enfant.

(...)


1h52 métro (nuit)
Parmentier - - - - - - - - République

je: recroquevillée dans un petit coin, de l'autre côté de je : bande de quatre, night faune multicolore, du bar vers la boîte, photos qui font rire.
Entre alors le vagabond pas tout à fait sdf, brun de peau crépu, un peu vieux, s'assoit pas loin de moi en face d'eux et leur donne du cousins cousines, ils entrechoquent les poings.
Je me recroqueville davantage, en vain, quand il se tourne vers moi il me voit : Oh.. elle est triste...
Un des Eux : Non.. elle est fatiguée...
Lui, tout à coup illuminé, pose sa main sur ma main : Non... Elle est comme moi, c'est une Apache!
Ma main se pose sur sa main posée sur ma main.
C'est une Apache.


("je me sentais un intrus dans le chaos")


2h45
Bus de (nuit)

Des filles parlent espagnol avec des couleurs américaines.

L'une à l'autre: (manque le début) ... Navaja!
L'autre, vexée : .... No he dicho que era Navaja... he dicho que era DE Navaja
(je n'ai pas dit que j'étais Navaja, j'ai dit que je venais DE Navaja...)

- ou était-ce Navarra?-



3H02
Le cahier de sable sur lequel en cet instant j''écris fut nommé d'après un livre de sable. quelques grains tombant sur mes paupières disent : "j'écris pour moi, pour mes amis et pour adoucir le cours du temps"



J'ai encore mal au tibia bleu, d'une petite douleur d'enfant (lumineuse)
Par Métie Navajo - Publié dans : journal parisien
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Jeudi 14 mai 2009
Roberto Calasso au Collège des Bernardins :La Forêt des Brâhmanas


Prévenue à temps par mes précieux informateurs, je cours de Notre Dame de la Santé au Collège des Bernardins  pour écouter l'un des plus grands érudits de notre temps, car le savoir de Roberto Calasso est gai
et généreux...

On le présente
comme "écrivain et essayiste",  "pléonasme" commente t-il...


Dans Ka Roberto Calasso écrit à l'intérieur de la mythologie indienne. Narration qui se déroule dans la grande demeure du temps, l'espace intermédiaire ouvert par Ka, à la recherche de Ka (Qui?)


(Ka est Prajapati


Prajapati sentait qu’il avait un compagnon, un être second… à l’intérieur de lui. C’était une femme, Vac, la Parole. Il l’émit. La regarda. Vac « remonta comme un flux continu d’eaux. ». C’était  une colonne liquide, sans début ni fin. Prajapati s’unit à elle. Il la brisa en 3 parties. 3 sons sortirent de sa gorge, dans l’élan amoureux : a, ka ; ho. A fut la terre, ka l’espace intermédiaire, ho le ciel.  Avec ces 3 syllabes le discontinu faisait irruption dans l’existence.




Ka est K.

 

 

Prajapati garda toujours un lien avec ce qui n’a pas de nom, de forme, d’identité. Ils ne voulurent l’appeler que Seigneur des Créatures. P – et même ce nom là était trop défini. Derrière le nom secret était Ka- Qui ? et c’est ainsi qu’ils l’invoquaient.  Prajapati étaient aux dieux comme le K… de Kafka était aux pers de Balzac et de Tolstoï.

 

-Ka est le dieu qui nous manque aujourd'hui...?-)

 




Calasso voit dans le "retour monstrueux du sacrifice" la conséquence du déni du sacrifice, l'effort des anthropologues pour en liquider la catégorie. Il se penche sur l'essai  La doctrine du sacrifice dans les Brâhmanas de Sylvain Lévi, dont la force n'est pas la théorie, mais la capacité de donner sens par le rapprochement des citations des Br āhmanas. La description est à la hauteur de la complexité décrite dit Calasso, mais a souvent des chutes désastreuses : " une religion si grossière suppose un peuple demi-sauvage"...



Qu'est-ce que le sacrifice? Prajapati recomposé par les litanies des Brâhmanes, le voyage vers l'invisible, le rite très exactement composé de gestes et paroles (une symphonie mathématique) qui entraînant la foi peut se passer des dieux...(les brahmanes ; premiers hérétiques, permiers orthodoxes)

Rituel : de la séquence de gestes interprétés chaque matin  ne dépend pas grand chose, si ce n'est  la vie entière du cosmos..

Les hommes inventent le sacrifice, pourtant il est toujours "caché au sein de la Nature" où les Brahmanes vont le chercher... (dans la forêt des Br āhmanas -qui est aussi désert, cette forêt qui me hante- se trouve le sacrifice), la force du sacrifice une fois déchaînée devient aveugle.

La grande question se pose en termes simples : pourquoi faut-il nécessairement tuer pour aller vers l'invisible?

Fin du débat où Calasso répond très bien à de très étranges questions...

J'aurais voulu entendre plus des mystères de la forêt. Je ne me retiens pas d'aller serrer la main généreuse de Calasso et de lui dire :
Mais la forêt... 
Oui, la forêt!
Alors la forêt... (le désert)? ... 
Bien sûr! Les
Âranyaka ("textes de la forêt")...
et quelques petits mots de plus. Je serre de nouveau la main généreuse. J'aurais aimé lui faire signer mon Ka, ses lettres au millier de mille voix qui n'en forment qu'une, le mythe généreux qui accueille tous les mythes.... 
Nous sortons. Soulevant nos bières jaunes et rose nos cigarettes nous parlons, nos gestes muets, nos gestes blancs auxquels il faudrait rendre la parole dans "l'innomable actuel" où tout le monde parle sans cesse et la multiplication du dire ne recompose jamais le désarticulé, ni n"envole vers le monde invisible le bel oiseau Garuda...



Il y a une tête de cheval qui roule le long de la surface du firmament : c’est le soleil.

Il y a une tête de cheval qui roule sur la terre : c’est le vase de la douceur.

Il y a une tête d’homme qui roule sur la terre : c’est celui qui n’a pas résolu l’énigme de la tête coupée du cheval


la tête de Ka?















Par Métie Navajo - Publié dans : journal parisien
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Lundi 11 mai 2009


Nous savons que nos lieux sont incontournables, nous ne pouvons pas les entourer de murailles, les interdire à l'Autre, mais nous pouvons les échanger sans les perdre, marcher de San Francisco à Carthagène des Indes, et des campagnes de Trinidad aux fjords, ces blessures des côtes de Scandinavie, nous pouvons faire belle escale en Islande et lire longuement les Sagas, ou écouter les contes des Griots au large de Bamako, nous ne faisons ni conquête ni colonie, pas d'envahissement impudent, nous jouons au touriste pour mieux peindre l'en dedans des pays et les gouffres du ciel, et quand des lieux nous sont interdits, parce que leurs tenants sont racistes, intolérants, partagés d'orgueil et de suffisance, et professionnels de l'expulsion, nous pouvons tourner ces lieux dans nos imaginaires et les chanter et les changer ainsi à distance, et avec eux, (nous en avons la capacité), ceux qui s'en disent les uniques propriétaires et qui, selon la philosophie des native-americans, n'en devraient se considérer que comme les seuls gardiens. Si nous voulons sauver la Terre, il faut cesser de la tenir pour un objet qui serait nôtre.

Edouard Glissant Patrick Chamoiseau, L'Intraitable Beauté du monde

Par Métie Navajo - Publié dans : journal parisien
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