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AUJOURDHUI dans le salon


Aujourd'hui j'ai un blog.
(il y a aussi aujourd'hui un énorme canapé bleu dans le salon).
Sur le blog il y a des feuilles de voyage.
(Sur le canapé bleu, des corps ou des absences de corps).
Rien qui clignote rien qui brille. Pas de fleurs.
Rien de très sérieux.

A votre disposition aujourd'hui:
des mots. Souvent de moi, parfois des autres, dans tous les ordres...
un énorme canapé bleu.


Métie N.
Lundi 14 juillet 2008


Au milieu des gens, dans le silence fracassant qui rend sourd leur vacuité envahissante prise dans leurs griffes molles je m'habitue à disparaître du moins à ne pas être sinon étouffée soudain on m'appelle et
je parle à
quelqu'un

(...)

Moi qui souffre de la gorge de toutes ces paroles à prononcer je ne parle pas mais les lèvres sans cesse remuent et tout à coup au téléphone je m'entends dire exactement

                     ça faisait longtemps que je n'avais pas parlé à quelqu'un...

De ces joies tristes.

Je prends une grande inspiration, je gonfle mes poumons ainsi je vis jusqu'au soir soir savoure quelques lignes de H jusqu'à tomber avalanche dans le sommeil profond et encore jusqu'au matin avant d'affronter la journée j'ouvre au hasard un ancien compagnon corné jauni et pourtant gai
et je lis :

Dans la solitude.- Quand on vit seul, on ne parle pas trop haut, pas plus qu'on n'écrit trop haut, car on craint la creuse résonance - la critique de la nymphe Echo. - Et toutes les voix résonnent autrement dans la solitude!

Je déjeûne à la table des enfants c'est la seule où parfois quelque chose se dit. A me parle de la Dame Blanche J inquiet c'est vrai qu'elle apparaît la Dame Blanche quand on l'appelle face au miroir je lui dis oui bien sûr elle vient  de toute façon dit A et il n'y a quà appeler la dame noire qui l'empêche de mal agir, le yin et le yang (!), et la dame rouge rouge de quoi rouge de tout ce sang...  M. me raconte son voyage à New York  le plus grand magasin Disney du monde et ses parents lui disent achète ce que tu veux il est fou de joie se met à chercher car tu sais il aime acheter, lui tu sais il adore acheter et avoir des choses mais là il a rien acheté il a rien pu acheter il a jamais pu choisir tu sais il y avait TROP DE CHOSES... Plus tard j'aperçois A. avec copains qui jouent PSII il regarde l'orage sous le porche c'est quoi déjà le nom du dieu du soleil de la lumière c'est quoi déjà il se souvient plus tais-toi donc lui dit l'animateur c'est à dire l'adulte tu nous fatigues avec tes questions je lui souffle en passant Apollon il crie AH OUI APOLLON APOLLON...
(une invocation)

(la pluie s'abat la foudre aveugle magnifique et terrifiant orage de montagne comme lui j'ai envie d'aller courir sous les trombes d'eau)

Dans le livre j'ai trouvé marque page une carte postale de Casablanca sans écriture décor de maisons et immeubles blancs accumulés pauvres feuilles d'un palmier vert au-dessus des paraboles et, dominant la ville, la gigantesque dame Mosquée Hassan II qui, on ne le voit pas mais je le sais, flotte sur la mer.

Je ne m'échappe pas. Aucun souvenir ne me relie à cette image, à cette ville. Ou plutôt, un souvenir sans sentiment.

(Pensées.- Les pensées sont les ombres de nos sentiments - toujours obscures, plus vides, plus simples que ceux-ci.)

Hier je me suis enfuie courte fugue d'adolescente que les adolescents ne tentent même pas par manque d'imagination de fantaisie j'ai traversé les ronces et orties par le bruit et l'odeur guidée sali mes chaussures mon pantalon piqûres aux bras enfin je l'ai trouvée, la fameuse, celle que j'entends chantonner à tout moment journée et nuit quand par miracle j'entends quelque chose au milieu du vacarme...

Devant mes yeux et mes pieds le filet clair sautillant sur les cailloux, glissant sous la caresse des branches.

Il y a à s'émerveiller d'une rivière.

Petit bruit de l'eau aux oreilles, gouttes de soleil sur mon visage, une gaiété tendre coule dans mes mains, je l'attrape et la tourne vers d'autres lieux et esprits
-je me sens bien et souris dans l'angoisse du bien qui ne dure pas, dans l'angoisse donc, de la durée.-


J'écris dans mon bureau oui j'ai un bureau c'est une autre fugue on m'emmène quelqu'un par l'oreille évidemment c'est A il faisait encore le gogol au lieu de faire bien comme il faut son sketch d'animateur télé (...). Je l'asseois sans bien savoir quoi lui dire si ce n'est de m'écrire l'histoire de la Dame Blanche sans rechigner il commence, ses petits yeux vifs baissés vers le papier, le bruit lisse du stylo couvert par le bruit des touches du clavier.

A., 9 ans, écrit l'histoire de la Dame Blanche, moi, sans âge depuis longtemps, j'écris l'histoire de A et moi écrivant dans un bureau où entre le soleil (scène).



La petite musique (la petite musique, la petite musique...)
- ou est-ce la Dame Blanche?-
par notes
petit à petit
revient  
se retire
et
dans le creux laisse

des sentiments.

par Métie Navajo publié dans : nomsdefleurs
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Lundi 7 juillet 2008

Creux des hautes montagnes dont les pics effleurent les ciels (je me souviens l'écrivant qu'ainsi l'écrivait  B...), un immense lac respire
mais son souffle n'arrive pas jusqu'à moi, ni ne me caresse, et le bruit de la rivière juste en bas de ma fenêtre ne devient jamais image ni apaisement

Pas une seule fois je n'ai eu le temps d'y descendre.

J'ai une vision bleue, une vision chaude et bleue, depuis le train filant sous les grosses gouttes où je lisais debout des lignes drôles imprimées sur des feuilles vertes.

(je fais la queue au wagon bar pour un café, je ris et riant je lève parfois les yeux du texte, ceux qui passent croient que mon sourire leur est adressé, et en retour me sourient, comme les choses sont simples parfois, pourtant j'ai envie de leur dire non non ce n'est pas à vous que va mon rire ce n'est pas pour vous ma joie qu'est-ce que vous avez fait pour la mériter...)

(mais je l'offre quand même)

Où me menait ce train?

Simplement en dehors de moi.

Le matin après quelques heures de sommeil sans rêve j'ouvre les rideaux bleus de la petite chambre où je pourrais me trouver si bien, le paysage dort encore, mais je sais, je sais que je n'ai qu'à lever les yeux, les premiers rayons du soleil caressent le haut des arbres, il arrive et bientôt baignera tout de sa lumière.

(Je laisse partie de moi heureuse dans le paysage du matin. (scène))

Ils s'adressent à moi sans cesse sans cesse m'étouffent cris corps larmes présences je suis secouée d'un énorme rire nerveux par hoquets je tourne les yeux au dedans ils regardent la folle que je suis en pleurs de rire ne comprennent pas de hoqueter ainsi à la face grave du monde

(Les rayons intenses ricochent sur les pics orgueilleux à quelques mètres de moi le monde est si lumineux au dehors de moi beauté inaccessible j'ai au creux du ventre pour me réfugier quand on me chasse une chaleur  bleue comme du désir,
et les premières lueurs du matin.)

une semaine pour écrire ces quelques pauvres lignes, une vingtaine de minutes arrachées à chaque aurore, puis à côté d'eux,
dans leur bruit
Ils me font hoqueter,
et parfois la nausée,
je lève les yeux par la fenêtre

(je vole les minutes précieuses aux ciels limpides.)

 
"La grange blanche" surpeuplée près de "la Solitude" lointaine
Montagnes de Haute savoie;  prison 
enfants
bleus ciels
 

par Métie Navajo publié dans : nomsdefleurs
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Mardi 1 juillet 2008
Il fait très chaud . Les joues brûlent du soleil. Comment suis-je ? Heureuse des rues ensoleillées, des jouissances passées, triste de l'enfermement à venir, luttant contre cette tristesse, tout à coup très désireuse d'amour
(à éprouver et partager.)

(l
'amour ne veut pas la durée, il veut l'instant et l'éternité)

Je porte avec moi les Détectives sauvages, compagnons mexicains du réal-viscéralisme... (Un gros livre sensuel qui donne aussi très envie d'aimer.)

Soldes.
(De ces jours où l'humain que l'on croise dans les rues semble si foutu qu'il faudrait le solder mais qui en voudrait je préfèrerais encore un mannequin de plastique blanc)

Je pars dans deux petits jours
(les jours sont immenses, s'échappent récalcitrants et semblent alors si petits...)

je sais ce que je vais faire.
une petite action poétique dédiée à mes récents compagnons de fête.
(la poésie c'est l'apogée du grand jeu sur la vie quotidienne) .

 Je rentre dans un magasin à étages. Il y a du monde mais pas tant que ça pour une période de soldes ça pourrait être pire. Je me laisse porter par les escalators jusqu'au troisième niveau. Il y a encore moins de monde, normal c'est l'étage des livres. De mes yeux myopes je cherche le rayon Littérature. Je passe les étalages centraux pleins de lectures d'été bandeaux rouges prix trucs et machins, guides touristiques et antitouristiques, recettes légères... je ne me laisse pas déconcentrer. Qu'est-ce que je cherche déjà? Ah oui, l'expiation d'un petit péché... mais gardons ça pour la fin... A... B... C.... Je pense à Y.H. aperçu dans la nuit de samedi à dimanche, au Cercle. H. Je le trouve, je ne savais pas qu'il avait déjà écrit tant de livres. Sur Cercle un gros bandeau du Prix .?.. (j'ai déjà oublié), puis Intro à la mort française. Cercle est un peu gros pour les circonstances. J'ai envie d'évoluer parmi les avalanches mais la couverture Infini est un peu abîmée... Je demande à une vendeuse de chercher pour moi un autre exemplaire. C'est une très jolie femme asiatique, même avec le gilet vert de fonction et rigueur ils n'ont pas réussi à l'enlaidir. En attendant je continue... J...K.. S. suis d'humeur à réessayer l'idole Soler. Son étagère est pleine de livres de poche, une consécration... Que m'ont-ils dit d'essayer déjà... Le Coeur absolu non? N'y est pas. Je ne sais plus... Voilà Femmes. En poche. Soit, Femmes, en poche. Je tourne la tête et voilà la vendeuse qui avance me cherchant, tournant la tête d'un côté puis l'autre, c'est drôle elle ne me voit pas alors que je suis juste en face d'elle... Je lui fais un signe et l'appelle doucement, ça y est, elle rie et s'excuse, elle est myope et comme moi ne porte pas de lunettes... Pas d'autre exemplaire des avalanches, elle me propose de chercher sur l'ordi dans tous les magasins de France non non merci alors gommer les petites traces sur la couverture...? la voilà prête à attaquer le livre d'une gomme lame ou machette à l'instant même non non merci ça ira très bien, je vais prendre l'Infini abîmé tel qu'il est ah me dit-elle mais c'est pas pour offrir au moins ? si si c'est pour offrir mais seulement à moi je prends le risque de l'Infini un peu abîmé.. Son joli sourire perplexe sous ses yeux myopes. Je continue carrément prise de zèle jusqu'au Z...  Rien (non pas que j'appelle Rien Florian Zeller...)  Rien. Alors quoi? H? mais en anglais, ils ont quelques livres en langue originale (ils disent en "version originale" pour que ça fasse plus cinéma...). Aucun de ceux qui m'intéresse. Je prends quand même Fiesta: The Sun Also Rises...  Il y a une citation de la vieille Gertrude en exergue. On verra.

Quoi d'autre?

-Avec les Mexicains baiseurs soûls de la fête en quête de faux mystères, Les Quatre brigands du Huabei roman d'aventures chinois offert par mon ami M. qui voudrait traduire toutes les langues, ça devrait aller (pour trois interminables semaines d'enfermement me laissera t-on ne serait-ce qu'une ou deux minutes m'échapper...)
(l'angoisse du retour aux chaînes, ça faisait si longtemps, j'en perds le sommeil et quelque gaiété)

Mais j'allais oublier l'essentiel.

Je feuillète consciencieusement les trois livres, mets fiesta et avalanches dans mon sac plastique, garde les femmes en poche bien en main et me dirige vers les rayons opposés. - Apparemment certains beaux livres ne sont pas de la littérature.-  En passant je découvre qu'il existe maintenant dans le prolongement des collections Détectives Série Noire Polar SF Horreur une collection ROMANS DU TERROIR
(!)

Mon dieu (comme dirait l'autre) c'est franchement hilarant. J'imagine qu'ils y ont collé pauvre Giono à côté Pagnol Seignolle quien sabe qui d'autre dans une sé
lection de livres du terroir, patrimoine et traditions, romans régionaux, guides pratiques jardinage, recettes de cuisine... Je ne vais pas voir, j'ai des choses plus importantes à faire.

Sciences humaines et sociales donc. Religion (ça se précise...). Judaïsme. Je suis myope mais là c'est facile de voir qu'il n'y a pas d'Infini sur les étagères. Zut. S'il n'y est pas ça craint, je n'aurais pas le temps d'accomplir mon oeuvre avant mon départ... Je me retourne vers les tables... Si, le voilà, ouf, le livre des Maries, en trois ou quatre exemplaires ainsi présentés offerts au lecteur errant. Bon, j'en prends un, le troisième.

C'est déjà bien lourd. Je me laisse descendre par les escalators jusqu'au niveau O. Il y a du monde, pas mal de monde mais pas non plus la foule disparaissante idéale. Configuration des parties : les files aux caisses, le comptoir billeterie après-vente juste à la sortie, les vigiles aux portes vitrées. Moment de doute, est-ce que quand même j'en achète un? le poche, parce qu'un poche normalement ça ne se vole pas...( Ethique: ne pas agir par nécessité (autre que la nécessité de lire le livre) mais toujours par plaisir; ne pas se produire dans les librairies tenues par des gens bien (...); ne pas s'encanailler avec des livres de poche, n'en valent pas la peine). Mais il y a trop de monde... Tant pis, une exception à la règle.
J'ai fiesta et avalanches dans un sac en main droite, femmes et Maries dans la main gauche. Je passe le comptoir billeterie, entre la frontière alarme anti-vol (ça ne sonne presque jamais un livre, ce n'est pas dangereux...), le vigile me dit au revoir en souriant, je lui fais un au revoir poli, le jeune homme devant moi me tient la porte parce qu'il voit bien que j'ai les mains prises, je le remercie et me voilà à nouveau sous les rayons du grand soleil, si intenses, j'en ai les joues toutes brûlantes...

J'aimerais un jour publier un livre pour pouvoir l'envoler, ainsi voir si ça fait des émotions différentes.
 Réparation est faite, avec prise de butin et mode d'emploi, je pense que je suis pardonnée...

J
'ai idée de ce que je pourrais faire du second livre des Maries, je commence les avalanches sur un banc, évidemment c'était à peu près sûr que celui-là allait me plaire, un livre ainsi amoureux et joli, autre chose que les tonitruands du Mexique, je n'ai aucune envie de quitter Paris en soldes. La nuit je dors mal je lis la question m'est pour ainsi dire sortie toute seule : tu as couché avec Maria? Sa réponse (mais quel profil magnifique et triste avait Peau Divine) a été destructrice. Il a dit : j'ai couché avec tous les poètes du Mexique. C'était le moment de se taire ou de le caresser, mais moi je n'ai fait ni l'un ni l'autre, au contraire j'ai continué à lui poser des questions, et chacune des réponses était pire que la précédente, et me faisait sombrer un peu plus j'entends la pluie tomber à grosses gouttes et une vague tristesse me gagne la mélancolo oh non je m'entends poser des questions au bonheur oh non des questions je sens que j'ai du mal à résister que mon bonheur bonheur si insolent depuis le retour du Mexique cède le pas cède...


.



par Métie Navajo publié dans : journal parisien
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Lundi 30 juin 2008

La rose au petit matin, alors qu'à quelques-uns nous remontons l'avenue du Maine vers une destination passablement improbable : chez moi, je la donne à un homme sans domicile fixe (est-il est coutume de dire), allongé sur le trottoir avec deux compagnons, ils semblent contents, pas seulement des pièces, mais de la rose, qui cette fois est blanche.

(La rose jaune du vieux monsieur portugais a duré précisément jusqu'au jour des retrouvailles, d'un séminaire l'autre, plus d'un mois à ouvrir ses vifs pétales jaunes sur sa corolle dorée, incroyable rose semblait à la différence de beaucoup d'humains
éternelle.
Elle attendait pour faner brun se rabougrir (mourir) d'être remplacée.)

-nous sommes aujourd'hui infiniment remplaçables dit l'idole soler
(dont je les écoute reparler et parler à divers moments de la nuit, non plus de la nuit; ça ne va plus la nuit, c'est trop court, à divers moments de... l'aventure?
De la moveable feast évidemment, qui se déplace à Paris, mais ce pourrait être ailleurs, du moins continue-je à le croire...)-

Remontant l'avenue du Maine nous croisons quelques créatures échappées de la Gay Pride, -Marche des Fiertés...- de la veille. Etres grands et bas sur talons jambes sculptées découvertes jusqu'au très haut des cuisses, robes collantes léopard, cheveux courts et lunettes de soleil, apparitions asexuées et hypersexuelles du lever du jour. (Je me souviens que je parle avec l'une d'elles, sans que me revienne un mot de cette très brève conversation.)

Nous remontons le Maine vers chez moi, trois devant deux derrière, je vais changer de chaussures parce que nous soi-disant repartons bande ivre de la nuit vers la petite ceinture de Paris. Soudain ils sont quatre grands garçons énergies alcoolisées dans mon appartement tout endormi tout fermé de silence à se cogner les nez contre les portes un petit étudiant mexicain ronfle dans le salon le marin amoureux des Maries boit l'eau impure du 14ème arrondissement je change de chaussures et aussi de pantalon il m'écrit la dédicace du livre que par malheur je n'ai pas volé et que par malheur j'ai avoué ne pas avoir volé pour des raisons tout à fait déraisonnables...

C'est le petit matin mais la fête ne finit pas
elle se déplace et je jouis de cette compagnie mouvante et parlante,
rêve éveillé d'une liberté énorme
(insolente).

Gambler est en bas dans ma rue et nous voilà soi-disant en route pour la petite ceinture, quoique d'aucuns ne le sachent pas, et bien vite en quête difficile d'un café.

-la quête ne s'arrêtera jamais car elle est elle-même ce qui est dernier
avons nous entendu la veille de la bouche du Philosophe, il s'agissait alors du dernier Dieu qui n'est pas dernier mais EXTREME. -

un café?
disons peut-être six ou sept cafés courts allongés de deux trois chocolats chauds un seul verre de vin rouge et deux demis blonds, et surtout enfin tant désirée
l'eau
en pétillantes BADOIT quarts de bouteille emplissent la table orgiaque d'abord trois puis cinq je ne sais véritable culte que la bande rend tout à coup aux bulles.

C'est drôle. Comme la séance de Tai Chi au Parc Montsouris, le combat giffles de Kung Fu aux épaules de Gambler qui en perd les chaussettes, le second festin de Badoit avec lecture-spectacle d'horoscopes désastreux, la déambulation dans Paris à essayer de desémerveiller celui qui s'émerveille d'un oeil des espaces et terrasses (petite histoire de l'oeil dans lequel on se perd à force de regarder dedans), jusqu'à céder à mon tour à l'émerveillement du moment rare et plein qui se déploie dans le temps que nous tissons, héros de la fête en mouvement, c'est à dire
propres mouvements de la fête.

**
Séparations : La Meryem de Gambler partira rejoindre le soleil du Sud, Gambler nous quitte les yeux de tristesse et joie, le Parisien du nord marche vers une mystérieuse forêt, un absent notable est sans cesse appelé au téléphone, je regagne mes proches appartements avec l'amoureux de Paris souffrant d'un oeil.

**
Plus haut dans le désordre la nuit

je discerne à travers les fumées épaisses du cigare qui me fait tourner la tête l'estomac et l'heure (vienne la nuit...) la Meryem de Gambler, on croirait la lune mais c'est une beauté filante qui bientôt s'évanèsce n'est plus là
apparition-désapparition, je suis trop soûle pour lui parler, nous arborons alors à peu près tous un visage aux yeux humbles sur des tee shirts venus de Bordeaux, quelle folie (me dis-je maintenant où j'écris secouée d'un rire intérieur énorme), nous portons tous ces tee shirts je nous baptise la Bande à Marie, je retrouve mes esprits en lisant les poèmes de Prynne dans le joli livre prêté par la belle laiteuse, lecture en anglais avec Génie marin, nos deux voix s'accordant ou pas, en rythme brisé, se chevauchent et se mangent les mots, parfois ça sonne... S'en va l'Autre Bande, quelques mots avec tête libre qui paraît ce soir plus sympathique et dont on ne dira aucun mal si ce n'est carrément du bien, et l'auteur du Cercle, cette nuit ouvre d'autres possibles...

Déclamation des poèmes, ou murmures, ne me reviennent même pas aux lèvres les vers de la pauvre âme solitaire, ma si vieille compagne, peut-être parce qu'alors mon âme est infiniment riche... -Partage de la fête par les belles et vraies solitudes que nous sommes, ainsi trouvé-je ma place si naturelle parmi ces seuls là
dans le creux de ce qui vient et se retire...-

Nous sommes en avance sur le programme et échappons à l'horrible hippopotamus pour aller directement barouder tartares et tartines auvergnates (je crois) crème brûlée (la fille), vin rouge et demi- baiser, le soleil en avance aussi nous emboîte le pas; déjà le jour.

**
Après les retrouvailles nécessairement timides à en sembler froides, où il est pourtant déjà question de l'idole Soler sodomite (...) et du Phantom des souterrains, devant des brochettes agneau kafta ou poisson et  poulet chiche taouk à savoir respectivement plats d'hommes et de fille,
nous mettons peu de temps à nous aimer de nouveau.

**
L'organe enroué du Philosophe déploie sa parole puissante, il s'agit alors du dernier Dieu qui loin d'être le dernier est l'EXTREME, effet Doppler du rouge dans le bleu (qui après vérification n'est apparemment pas un effet Doppler -effet Doppler-Fizeau si l'on parle des ondes sonores lumineuses- mais un étirement de l'espace produisant un étirement des longueurs d'onde), nous avons tué Dieu en faisant de lui l'Etre Suprême, pour cela la théologie est un athéïsme (!), Dionysos de quelques coups de baguette midrashique du génie marin (il rougit) pourrait être le crucifié, lui même pendu à un arbre...

tandis que j'écoute mon voisin me fait penser à Antoine Doinel lit par dessus mon épaule quelques lignes des Détectives Sauvages dont je note alors sur mon carnet j'ai exploré le corps nu de Maria le splendide corps nu de Maria dans un silence contenu même si j'aurais volontiers crié célébrant chaque partie chaque surface polie et infinie que je rencontrais ses yeux tombent sur j'ai baisé avec Rosario toute la nuit me demande si Rosario est un homme ou une femme, une femme, c'est bien de baiser avec un rosaire? je sais pas je l'ai jamais fait; corps joyeux, corps mystérieux, corps glorieux (dit-il), je demande à Gambler qui est vraiment très élégant aujourd'hui à quelle heure il se marie, vers 19h30-20h00 me répond-il à l'encre verte et que tout dépend maintenant de sa fiancée
(bien sûr, tout dépend TOUJOURS de la fiancée...)
qui du reste est aussi sa femme.

-la quête ne s'arrêtera jamais car elle est elle-même ce qui est dernier-


**
Jour. Je dors un peu mets deux gouttes dans un oeil vert brun qui en dégonflant devient gai nous déjeûnons vite en terrasse baignée de lumière; je descends l'avenue du Maine sourit au soleil et m'émerveille de ce que chaque pas soit une fête.

Je rejoins les derniers héros à la gare Montparnasse. Ils boivent encore bière et badoit... La fête se finit (?), je parle du livre des Maries que je n'ai pas volé, je suis contente de prononcer dans la belle lucidité de la fatigue les mots que justement je voulais prononcer, et pas d'autres venus par hasard ou par erreur sur mes lèvres.

Je ne les accompagne pas jusqu'au quai car je sens tout à coup que je pourrais être triste à les regarder partir, 
je n'ai pas envie de cette tristesse.

Adieux devant la gare.

**
J'ai une chance insolente.

-aucun de ceux là compagnons de la fête n'est infiniment remplaçable
mais au contraire
infiniment unique
riche de solitudes et de vies qui se superposent
Etres palimpsestes peut-être
déchiffrables.-


**

Ma tête appuyée sur l'épaule forte et confortable de Gambler, je ferme les yeux quelques minutes, bercée de leurs voix et présences, si distinctes,
je m'abandonne à la beauté du moment dont je jouis une seconde fois l'écrivant, bonheur de ma solitude en mots.

(j'ai un bonheur insolent)


ce qui est dernier ce n'est pas la fin, c'est le plus profond commencement.









par Métie Navajo
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Jeudi 26 juin 2008

Un monsieur Chinois extradé de l'Italie vers la France pour une sombre affaire de nous inconnue ne connaît de la France que la prison centrale de Poissy;
Il y a déjà passé 19 ans.

J'exagère. Il a des autorisations de sortie pour s'occuper de son titre de séjour (...) Il a donc vraisemblablement fait un peu de tourisme administratif, au moins la belle Préfecture de Police de Paris, salle Asie Océanie, ou peut-être un service spécial pour les Etrangers incarcérés.

Ce jour où je le vois, il fait très beau, un franc soleil d'été, neuf, éblouissant. Le monsieur Chinois rayonne.

Il vient présenter un film fait en prison. On y voit des détenus joués par des acteurs parler autour d'un verre. Longue conversation sur la citoyenneté, la mise en stand-by, la vie entre parenthèse, le temps...
Passages chiants et pédago, aucune remise en question de la société et de sa "justice", mais des envolées lyriques sur le temps AUTRE, la vie menée en parallèle qui ne nous vieillit pas, ou pas de la même façon, les schémas dominants qu'on ne suit pas (la plupart le regrette).

(je pense souvent à tout cela, dans la cellule de ma vie dont sans cesse je lime les barreaux)

ils sont hors jeu parce qu'ils sont
HORS TEMPS

-Je pense à la Montagne magique. Le temps sable des journées que l'on ne retient pas. -

-Le temps, encore et toujours. -

Le monsieur chinois et son camarade de prison parlent beaucoup, ils ont du mal à se taire, ils sont émus mais surtout ils dévorent, quoi, l'espace "libre", la présence d'autres, la parole et l'écoute qu'on leur concède.

Vient le moment d'échange avec le public :

        - Et justement parce qu'ils en parlent dans le film qu'est ce que ça leur fait de recouvrer la liberté maintenant, est-ce que c'est un peu comme ils se l'étaient  imaginé...?

Raté. Elle n'a pas compris la dame qu'ils n'étaient qu'en permission, la gueule de la prison se refermera sur eux le soir même.

- Il faut ABSOLUMENT diffuser ce film si bouleversant dans les établissements scolaires, c'est un outil pédagogique FORMIDABLE pour changer les mentalités des jeunes...

- COMMENT MAIS NON! sur ses grands chevaux monte madame bourgeoise esthète haut              de gamme, ABSOLUMENT PAS DU TOUT AU CONTRAIRE ne s'agit d'un outil pédagogique mais d'une OEUVRE D'ART ABSOLUMENT MAGNIFIQUE 'sthétiqueMENT parlANT, d'une beauTE aux accents tout à fait breSSOnniens, RECONNAISSANCE éternelle GRATITUDE inexprimable en mots pour ce PUR moment de POESIE...

(tsss...)

Un jeune thésard très mignon qui travaille sur le temps carcéral se débat dans les subordonnées d'une question embrouillée que personne ne comprend, mais qui a l'air franchement stupide.

-Ne s'est visiblement jamais véritablement interrogé sur le temps
c'est à dire le temps même de la prison
en dehors de la prison-

(...)

Ils sont émus, écoutés, flattés, et dans le même moment/mouvement -ils ne le sentent pas je crois-
tus et niés (tués?)
(je n'ai pas dit tués...)

Mais où sommes-nous?

Dans un amphi des nouveaux locaux de Paris VII (anciennement Jussieu) qui s'appellent, je le découvre tout juste, l'esplanade des Grands Moulins, un beau nom qui tourne plein vent  et semble ouvrir l'espace (moi je m'envole facilement sur les grands L) d'un site d'anciens moulins dont les urbanistes ont conservé quelques traces (Paris' museum of Popular Arts!!).

Après avoir descendu un petit escalier blanc nous nous sommes enfoncés dans les entrailles d'un de ces bâtiments hyper modernes de la zone réhabilitée Bibliotèque Nationale. Style brut : murs en parpaings et éclairages néons blancs. Pas de fenêtres, pas de lumière. Sols gris, étouffement du son. Nous marchons à pas pressés le long de ces couloirs jusqu'à aller nous enfermer dans l'amphi je sais pas quoi.

(Mais où sommes-nous??)

Les deux détenus parlent bien. Le monsieur chinois a appris le français en prison, il a gardé un accent prononcé, mais il s'exprime très bien. Ils y vont gaiement de leurs
"participer à" "ne jamais remercier assez" "belle aventure" "projet sur le long terme" "réseaux de diffusion" "distance critique des comédiens" "sans l'investissement énorme de" "ne pas rentrer dans les clichés"...
en dehors de quelques petites exceptions, d'une teinte gouaillée qui parfois leur échappe, ils parlent comme les gens de la salle.
Ils sont PAREILS et tout le monde s'en extasie. Ils purgent de longues peines et ne font même pas peur parce qu'ils sont COMME NOUS PAREILS ils se meuvent comme nous parlent comme nous
enfermés comme nous dans des galeries souterraines d'une université moderne
sans air
sans fenêtres.

-Temps linéaire social. Similarité des corps. Fermeture des espaces; Uniformisation morbide du langage.-

(je me sens triste tout à coup, d'être là, là,
moi aussi
en prison...)

Permission d'aller d'une cellule l'autre, de toute façon ils la portent avec eux, dedans, comme nous.

et puis avant la fin du débat le monsieur chinois veut dire quelques mots encore il veut remercier tous ses professeurs présents dans la salle tous les professeurs qui depuis 19 ans l'ont aidé. Bizarrement ce n'est pas du chiqué bon sentiment, ça sonne juste. S'il n'y avait pas eu l'étude, lui ne savait rien en arrivant, ni lire ni écrire pas même parler, s'il n'y avait pas eu l'étude, les livres, lire et écrire, les livres, il n'aurait pas vécu. Ca sonne juste. Maintenant il lit et il écrit, et c'est gràce à eux, et c'est tant pis pour eux, pour nous aussi, parce que peut-être un jour il faudra le lire (rires), mais merci, merci à tous, s'il n'y avait pas eu l'étude...

ça sonne juste. Le monsieur chinois avec du papier a limé les barreaux de la cellule intérieure. Ainsi il rayonne.

Je lui serre la main, il me sourit et me remercie, je sors, la lourde porte se referme derrière moi, je  longe les murs de parpaings gris sous les néons blancs, silence, tout est silence de mort, quelques marches, ouf, le soleil, le GRAND SOLEIL, je m'allonge sur l'herbe d'un petit square, sort mon gros  roman de Mexico que m'a prêté un des personnages, le petit carnet et le stylo tordu, je regarde autour de moi, tout va bien (comme dirait Gambler): personne ne lit ni n'écrit. En pensant au monsieur chinois je commence à déguster très librement les mots et les phrases.
C'est bon.








par Métie Navajo publié dans : journal parisien
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